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Après les propos du pape, le gouvernement du Nicaragua pourrait couper les liens avec le Vatican

En représailles aux critiques du pape François qualifiant le Nicaragua de «dictature grossière», le gouvernement de Daniel Ortega a fait savoir qu'il envisageait de suspendre ses relations avec le Vatican.

Le Nicaragua envisage de suspendre ses relations avec le Vatican, a déclaré le 12 mars le ministère nicaraguayen des Affaires étrangères après que le pape François a estimé que ce pays d'Amérique centrale était une «dictature grossière». Le Nicaragua est dirigé depuis 2007 par le président socialiste Daniel Ortegua, membre du Front sandiniste de libération nationale. En 1979 – en pleine guerre froide – cette organisation avait initié une révolution populaire ayant conduit au renversement du dictateur Anastasio Somoza, soutenu par Washington. Depuis lors, divers dirigeants, d'obédiences différentes, se sont succédés à la tête du pays.

«Devant des informations diffusées par des sources liées à l'Eglise catholique, le gouvernement de réconciliation et d'unité nationale de notre Nicaragua béni et toujours libre précise qu'une suspension des relations diplomatiques est envisagée entre l'Etat du Vatican et la République du Nicaragua», a déclaré le ministère nicaraguayen dans un communiqué.

Le pape compare le gouvernement du Nicaragua à la prise de pouvoir d'Hitler

Le pape François avait qualifié le 10 mars de «dictature grossière» le gouvernement du président Daniel Ortega, dans un entretien au quotidien argentin Infobae. «Avec tout mon respect, je n'ai pas d'autre choix que de penser que ce dirigeant souffre d'un déséquilibre», a-t-il déclaré. «C'est comme si on voulait instaurer la dictature communiste de 1917 ou l'hitlérienne de 1935», a poursuivi le pape, ajoutant : «Ce sont des dictatures grossières».

Le président nicaraguayen Daniel Ortega avait lui estimé fin février qu'une «mafia» au sein du Vatican décidait de l'élection du pape et des hauts responsables religieux. «Le peuple devrait élire les cardinaux et il devrait y avoir un vote au sein du peuple catholique [...] afin que le pape soit également élu, par un vote direct du peuple, pour que ce soit le peuple qui décide et non la mafia qui est organisée là-bas au Vatican», avait déclaré le président nicaraguayen.

Cette diatribe du président nicaraguayen intervenait plus d'une semaine après une déclaration du pape François qui s'était dit «préoccupé» et «attristé» par la situation au Nicaragua, notamment après la condamnation à 26 ans de prison de l'évêque Rolando Álvarez et l'expulsion de 222 opposants vers les Etats-Unis.

Le 9 février, le gouvernement de Daniel Ortega avait en effet libéré 222 prisonniers politiques, les avait expulsés vers les Etats-Unis et déchu de leur nationalité nicaraguayenne. L'évêque Rolando Álvarez, détenu depuis août 2022, a refusé d'être extradé et a été condamné dès le lendemain à 26 ans d'emprisonnement, notamment pour «conspiration et diffusion de fausses nouvelles».