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Chantiers au Qatar : une filiale de Vinci mise en examen par la justice française

Une filiale du groupe français de BTP Vinci a été mise en examen ce 9 novembre par un juge de Nanterre (Hauts-de-Seine) dans le cadre d'une enquête sur les conditions de travail d'employés sur certains chantiers liés au Mondial-2022 au Qatar.

Me Versini-Campinchi, avocat de Vinci, a fait savoir ce 9 novembre qu'une filiale du groupe français, Constructions Grands Projets (VCGP), avait été mise en examen pour «conditions de travail ou d'hébergement incompatibles avec la dignité humaine». Cette décision juridique survient après des plaintes d'ONG et d'ex-employés indiens et népalais sur certains chantiers liés au Mondial-2022 au Qatar. 

«Le représentant du groupe, lors de sa convocation devant le juge d'instruction, s'est borné à exprimer une protestation portant sur l'insuffisance du délai consenti aux avocats pour élaborer les réponses utiles et le choix intempestif de la date à quelques jours de l'ouverture de la Coupe du monde de football», a également déclaré Me Versini-Campinchi.

«Travail forcé et réduction en servitude»

La filiale de Vinci a été «mise en examen selon les termes de la convocation», s'est félicitée pour sa part la directrice de l'ONG Sherpa Sandra Cossart, qui a ajouté qu'elle était aussi accusée de «travail forcé et réduction en servitude».

Le dossier remonte à 2015, et une première plainte a été classée sans suite en 2018. Mais des plaintes avec constitution de partie civile émanant des associations Sherpa et Comité contre l'esclavage moderne (CCEM), ainsi que d'employés indiens et népalais de ces chantiers, ont entraîné l'ouverture d'une enquête par un juge d'instruction en novembre 2019.

Trois chantiers sont décriés par les plaignants : celui du «métro léger» ralliant Doha à Lusail, ville nouvelle qui accueillera la finale de la Coupe du monde de football ; celui des parkings souterrains de Lusail ; ainsi que celui de l'hôtel de luxe Sheraton, au cœur de Doha.

Selon les témoignages recueillis à l'époque par l'ONG Sherpa, les employés immigrés de Vinci sur certains chantiers ont expliqué avoir travaillé – passeport confisqué – entre 66 et 77 heures par semaine. Et ils auraient été entassés dans des chambres exiguës aux sanitaires insuffisants, percevant des rémunérations sans rapport avec le travail fourni, menacés de licenciement ou de renvoi dans leur pays en cas de revendications.

«Aucun des projets» attribués à Qatari Diar Vinci Construction (QDVC) «n'est lié» à la Coupe du Monde au Qatar, affirme de son côté Vinci selon qui les projets en question ont porté «à l'essentiel sur des infrastructures de transport».