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Les non-alignés visent «un monde multipolaire, juste et démocratique» soutient Lavrov

Pour le chef de la diplomatie russe, le mouvement des non-alignés s'inscrit dans le changement du «cours objectif de l’histoire», vers un monde multipolaire. Ce à quoi l'Occident tente de s'opposer par tous les moyens, pour maintenir sa domination.

Dans le cadre d'un documentaire sur le mouvement des pays non-alignés diffusé sur la chaîne de télévision Zvezda ce 28 août, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov est revenu sur la genèse et les perspectives de cette organisation internationale, née durant la guerre froide et qui regroupe aujourd'hui 120 Etats.

«Le potentiel [du mouvement des non-alignés] est positif, encourageant, surtout dans le contexte des efforts en cours pour créer un ordre mondial multipolaire, juste et démocratique. Il s’agit d’un processus objectif, historiquement dû au déséquilibre du développement international», a ainsi souligné le chef de la diplomatie russe, dont le pays dispose du statut d’observateur au sein du mouvement depuis juillet 2021.

Selon Sergueï Lavrov, les régions anciennement «en retard» de la planète se transforment en moteurs de l’économie mondiale, en nouveaux centres de croissance économique, de puissance financière, avec une influence politique croissante.

«La Chine, l’Inde, l’Egypte, la Turquie, le Mexique, le Brésil, l’Argentine et les Etats africains deviennent les piliers d’un ordre mondial objectivement en émergence», a fait remarquer le haut diplomate, notant que Pékin et Ankara établissaient une «coopération assez étroite» avec l'organisation, même si elles n'en font pas partie. «Le mouvement des pays non-alignés, avec 120 voix à l’ONU, peut influencer directement les accords élaborés au sein de l’Organisation mondiale», a-t-il encore expliqué.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, suivis par l’Europe obéissante, recourent sans vergogne à ces méthodes [de chantage] pour forcer les pays non-alignés et tous les autres pays du monde à changer d’avis sur la Russie

Mais face à l'émergence de ces pôles économiques et politiques, l’Occident cherche toujours à maintenir sa domination et à «s’opposer au cours objectif de l’histoire» et ce au mépris du droit international, a regretté Sergueï Lavrov. C'est dans cette optique que l'Occident tente par tous les moyens d'isoler la Russie de ses partenaires : «Les Etats-Unis et le Royaume-Uni, suivis par l’Europe obéissante, recourent sans vergogne à ces méthodes [de chantage] pour forcer les pays non-alignés et tous les autres pays du monde à changer d’avis sur la Russie», a rappelé le haut diplomate, estimant que Washington et Londres «leur forcent la main, par les méthodes les plus grossières».

«Ils n’hésitent même pas à dire publiquement que ceux qui n’obéissent pas auront des problèmes. Quand des accusations aussi grossières qu’inacceptables sont proférées contre l’Inde – par exemple – on en vient à se poser des questions sur la santé mentale des orateurs occidentaux et à se demander s’ils comprennent l’identité nationale d’un peuple comme les Indiens», a-t-il glissé pour étayer son propos.

Bien que l’Occident «s’acharne à forcer tous les pays à adopter une politique antirusse», non seulement en faisant voter des résolutions qui accusent «sans fondement la Russie au mépris des faits», mais aussi en prenant des mesures pratiques (limiter les exportations vers et les importations en provenance de la Russie, couper les liaisons de transport, rompre les chaînes logistiques), les membres du Mouvement des pays non-alignés ne cèdent toutefois pas à ce chantage, selon Sergueï Lavrov.

«Bien que certains d’entre eux soient obligés, d’une manière ou d’une autre, de faire des concessions sous la pression de l’Occident lorsqu’il s’agit de voter, aucun d’eux ne se joint aux sanctions dans des actions pratiques», a-t-il ainsi souligné, soutenant qu'il ne fallait pas exclure «que des procédés absolument interdits soient utilisés, comme on dit, des coups "en dessous de la ceinture"».

D'après Sergueï Lavrov, le modus operandi des occidentaux ces dernières années est d'établir une distinction entre les «démocraties» et tous les autres. «Le titre de "démocratie" est décerné par les Etats-Unis. Ils ont tenté de le faire fin 2021 en convoquant un "Sommet pour la démocratie". Il suffit de consulter la liste des invités pour se rendre compte que c’était le principe de loyauté ou d’utilité pour Washington qui primait, et rien d’autre», a-t-il conclu.