France

Une de Marianne appelant à voter Macron : la rédaction monte au créneau contre un actionnaire

La Société des rédacteurs de Marianne a accusé l'actionnaire principal du magazine d'être intervenu pour modifier la Une du magazine sur la présidentielle. La direction de la rédaction assure être pleinement responsable d'un tel choix.

Dans un communiqué publié le 19 avril, la Société des rédacteurs de Marianne (SRM) a dénoncé «une atteinte inédite à son indépendance» en affirmant que «l'actionnaire principal du journal [était] intervenu directement pour modifier la Une du numéro à paraître ce [...] 21 avril».

L'illustration de couverture, qui faisait initialement figurer la phrase interrogative : «La colère... ou le chaos ?» a en effet laissé place à une tournure affirmative : «Malgré la colère... éviter le chaos.» Une nouvelle formulation que la SRM déplore, expliquant que l'ensemble de la rédaction avait procédé à deux réunions collégiales à l'issue desquelles «un consensus clair s'était dégagé pour établir une distinction factuelle entre les deux candidats sans pour autant dicter de conduite à [ses] lecteurs».

«Cette ingérence de notre actionnaire majoritaire, Daniel Kretinsky, constitue une attaque grave contre l'indépendance éditoriale de Marianne», peut-on encore lire dans le communiqué.

Alors que RT France avait déjà rédigé cet article, nous avons par la suite pris connaissance du communiqué de Natacha Polony, directrice de la rédaction de Marianne, qui, pour sa part, a expliqué qu'elle assumait pleinement sa responsabilité éditoriale, «en toute indépendance». «La société des rédacteurs a exprimé ses positions. Elle a été entendue», a par ailleurs écrit Natacha Polony.

En tout état de cause, le message véhiculé dans cette Une s'inscrit dans l'avalanche d'appels à voter pour le président sortant, Emmanuel Macron, afin de barrer la route à sa rivale, Marine Le Pen. De tels appels ont été lancés à droite comme à gauche de l'échiquier politique français, donnant par ailleurs lieu à des actions émanant du monde de la culture, où près de 500 personnalités ont récemment exprimé leur aversion pour la candidate du Rassemblement national. Celle-ci a d'ailleurs réagi dans la soirée du 19 avril au communiqué de la Société des rédacteurs de Marianne.

«Merci aux journalistes de Marianne de révéler l’influence de l’argent sur les choix éditoriaux des médias. Les Français ne sont pas dupes de la campagne de mensonge et de diffamation que nous subissons depuis que nous sommes aux portes de l’Elysée», a-t-elle tweeté.

Publication à laquelle la SRM a réagi sur le même réseau social : «De notre côté, nous ne sommes pas dupes de la campagne de récupération de Marine Le Pen et l’invitons à se plonger dans la lecture du numéro. Elle pourrait y trouver quelques surprises.»

Ce n'est pas la première fois que la Société des rédacteurs de Marianne dénonce des initiatives qu'elle juge nuisibles à la ligne éditoriale du magazine. Au mois de janvier, la SRM avait ainsi pointé les «pressions» de Caroline Fourest contre le rédacteur en chef adjoint de Marianne pour empêcher la publication d'une enquête sur Thomas NLend auteur d'un livre dont elle fait la promotion.