France

Un couvre-feu imposé en Guadeloupe après des violences en marge du mouvement anti-pass sanitaire

En mettant en place un couvre-feu de 18h à 5h jusqu'au 23 novembre, le préfet de Guadeloupe entend riposter contre les «incendies de biens publics, barrages sur les routes, jets de pierres sur les forces de l'ordre, tirs de mortier».

L'Etat a instauré le 19 novembre en Guadeloupe un couvre-feu entre 18h et 5h, en réaction à la mobilisation anti-pass sanitaire et anti-obligation vaccinale. Le préfet de Guadeloupe Alexandre Rochatte a pris cette mesure jusqu'au 23 novembre, «compte tenu des mouvements sociaux en cours dans le département et des actes de vandalisme», ont annoncé ses services, ajoutant que «la vente d’essence en jerrican est également interdite».

Dans un communiqué, le plus haut représentant de l'Etat dans l'île dit tenir compte des «incendies de biens publics, barrages sur les routes, jets de pierres sur les forces de l'ordre, tirs de mortier», et interdit également la vente d’essence en jerrican. Plus tôt dans la journée, le gouvernement avait décidé d'envoyer «dans les prochains jours» 200 policiers et gendarmes pour renforcer les forces de l'ordre, alors que les violences et les blocages se multiplient.

Le 19 novembre au soir, de nouveaux feux se sont déclarés sur des barricades à Colin et Montebello, à Petit-Bourg, selon Routes de Guadeloupe, après une nouvelle journée de tensions. Des barrages ont été dégagés par les forces de l'ordre et certains reconstitués un peu partout sur l’archipel. Si, en zone pointoise, la journée a été «plus calme» que la nuit, selon une source policière, des affrontements ont de nouveau eu lieu en zone gendarmerie afin de dégager des axes routiers. «On a réduit pas mal de barrages dans la journée. Au départ, on était sur une quarantaine, près d’une cinquantaine sur l’ensemble de la Guadeloupe continentale, essentiellement sur les grands axes comme la RN2, la RN 1 en Basse-Terre, et la RN4, la RN 5 et les Grands Fonds  [routes sinueuses dans les terres] en Grande-Terre», a expliqué le commandement de la gendarmerie, selon lequel «quatre ou cinq gendarmes ont été blessés» depuis le 18 novembre au soir.

«Des blessures légères mais qui sont quand même inacceptables», a commenté cette source.

L'obligation vaccinale, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase

Le procureur de la République de Pointe-à-Pitre Patrick Desjardins a par ailleurs annoncé l'ouverture de deux enquêtes pour «dégradation par incendie en bande organisée et vols avec dégradation en bande organisée» concernant «des attaques de magasins», dont cinq bijouteries pillées à Pointe-à-Pitre. Quatre immeubles de la ville, qui compte de nombreuses habitations en bois, sont partis en fumée dans la nuit, suite à ces pillages, ont indiqué les pompiers et une source policière.

Des images de certains de ces incendies ont été relayées sur Twitter par Eric Stimpfling, grand reporter pour Guadeloupe 1ere/France Télévisions.

La mobilisation lancée il y a cinq jours par un collectif d'organisations syndicales et citoyennes contre le pass sanitaire et l'obligation vaccinale des soignants contre le Covid-19 se double désormais de violences commises par des émeutiers. «La situation est insurrectionnelle», a déclaré sur France Info Olivier Serva, député La République en marche de Guadeloupe, demandant l'ouverture d'une médiation et d'un dialogue pour sortir de l'impasse.

Un personnel soignant restreint

Après une nuit du 18 au 19 novembre particulièrement violente, les écoles sont restées fermées et, en raison de très nombreux barrages routiers, l'activité tourne au ralenti. Devant le CHU, les seuls véhicules autorisés à entrer restent les ambulances. Les centres de dialyse de la Guadeloupe ont d'ailleurs alerté sur «un danger de mort» pour près de 800 patients dont les barrages pourraient empêcher l'accès aux soins.

Les gendarmeries du Lamentin et de Morne-à-L'Eau ont été «assiégées» par des personnes parfois «encagoulées», des gendarmes blessés «par jets de pierres» et des véhicules incendiés, selon des sources policières et le parquet. «Désormais, il y a un mélange de personnes sur les barricades. Beaucoup de jeunes, en colère par rapport à la situation de la Guadeloupe. L'obligation vaccinale, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase», estime Maïté M'Toumo, secrétaire générale de l'UGTG, qui demande «l'ouverture de négociations avec le gouvernement».

Au niveau hospitalier, la situation est d'autant plus complexe que depuis début novembre, «on est en personnel restreint» avec l'instauration de l'obligation vaccinale des soignants, rappelle Anne-Gaëlle Pascale, cadre de santé au bloc opératoire du CHU. Ainsi, en chirurgie, 50% des effectifs habituellement au planning sont absents.

Selon la direction du CHU, un peu plus de 87% des agents du centre hospitalier possèdent un pass sanitaire. Mais certains personnels sont suspendus pour pass non valide, à quoi s'ajoute «une vague d'arrêts maladie [...] sur consigne syndicale», accuse Cédric Zolezzi, directeur adjoint du centre hospitalier.