France

Rodéos urbains : l'Etat condamné par le tribunal de Marseille pour son inaction

La préfecture de police des Bouches-du-Rhône a été condamnée par le tribunal administratif de Marseille à verser 10 000 euros de dommages et intérêts à une habitante d'un quartier sensible de Marseille.

L’Etat a été condamné par la justice administrative à verser 10 000 euros à une habitante d'un quartier défavorisé de Marseille qui dénonce depuis 2012 l'inaction des pouvoirs publics face aux rodéos urbains de deux-roues.

Dans ce jugement, daté du 3 août et révélé par la presse locale, le tribunal administratif de Marseille estime que «le préfet de police des Bouches-du-Rhône a pris des mesures insuffisantes pour restaurer la tranquillité publique» dans le quartier de la plaignante, le Verduron, dans le quinzième arrondissement, un des plus pauvres de la ville.

Le tribunal, soulignant une «faute de la part de l'Etat», reconnaît que cette habitante «a subi des nuisances sonores à raison de plusieurs jours par semaine depuis au moins 2012». La préfecture de police soulignait avoir procédé à une interpellation en 2017 «tout en rappelant la dangerosité» de ces dernières «pour les personnes directement concernées, les agents de police et les passants», rappelle le tribunal. Elle avait aussi indiqué dans des courriers, adressés à un collectif de riverains dont la plaignante est un membre actif, avoir procédé à des actions de sensibilisation, des rondes, des contrôles ainsi qu'à la saisie d'une motocyclette en 2012.

Les rodéos urbains passibles de deux ans de prison ferme et 30 000 euros d'amende

Mais ces lettres «ne sont pas de nature à établir, par leur caractère très général, que l’action des services de police aurait été adaptée à l’ampleur des nuisances sonores subies par les riverains», souligne la justice. Elle condamne en conséquence l’Etat à verser 10 000 euros à la plaignante, «augmentée des intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable reçue le 2 octobre 2017». Contactée par l'AFP, la préfecture de police n'était pas joignable dans l'immédiat pour commenter cette décision.

Les rodéos urbains – un délit passible de deux ans de prison ferme et 30 000 euros d'amende – sont un problème ancien dans certains quartiers mais les exaspérations de riverains sont montées d'un cran ces derniers mois avec le confinement. Et plusieurs accidents ont marqué les esprits. En juin, un enfant a été gravement blessé à Vaulx-en-Velin, dans la métropole de Lyon, après avoir été renversé par un deux-roues qui faisait un rodéo.

Fin mai, l'ancien ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a confié à deux députés LREM une mission de réflexion afin d'élaborer un nouveau plan de lutte. D'après la place Beauvau, «9 051 interventions des forces de l’ordre qui ont été réalisées et 3 596 infractions qui ont été relevées» pour cause de rodéo urbain. Toujours selon le ministère de l'Intérieur, les interventions liées à cette pratique auraient augmenté de 15 % pendant le confinement.