«La candidature de Hollande sera à l'image de son mandat, un échec», assène le dissident Noguès

Si l'élection présidentielle avait lieu demain, ni François Hollande ni Manuel Valls ne seraient qualifiés pour le second tour, selon un sondage de l'Ifop. Source: Reuters
Si l'élection présidentielle avait lieu demain, ni François Hollande ni Manuel Valls ne seraient qualifiés pour le second tour, selon un sondage de l'Ifop.

Selon un sondage de l'Ifop, ni François Hollande ni Manuel Valls ne sont actuellement en position de viser le deuxième tour de la présidentielle. Un sondage qui n'étonne pas Philippe Noguès, le député frondeur qui a quitté le PS en juin 2015.

Un sondage dévoilé ce mercredi par l'Ifop montre que si le premier tour avait lieu dimanche, le chef de l'Etat et l'actuel Premier ministre seraient largement devancés par Marine Le Pen, en tête avec 26% d'intentions de vote, et plus légèrement par Nicolas Sarkozy, selon ce sondage mené avec l'hypothèse d'une candidature écologiste. 

Selon ce sondage, et dans l'hypothèse selon laquelle le Président serait le candidat du PS, François Hollande ne recueillerait que 20% des voix. Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen seraient les candidats du second tour, avec 24 et 26% des voix. Derrière, François Bayrou obtiendrait 11% des voix et Jean-Luc Mélenchon 9%, devant Nicolas Dupont-Aignan (4%) et Cécile Duflot (3%). La situation n'est pas forcément meilleure pour Manuel Valls : il obtiendrait, s'il représentait le PS, 22% des voix au 1er tour, juste derrière Nicolas Sarkozy (23%), mais loin derrière Marine Le Pen (26%). 

Merci à tous ceux qui me soutiennent dans ce moment particulier. Ça me redonne énormément de forces ! Pour quelques uns...

Posted by Philippe Noguès, député du Morbihan on mercredi 24 juin 2015

RT France : Comment analysez-vous ce sondage qui révèle qu'aucun candidat du PS n'est actuellement en mesure de rejoindre le second tour de l'élection présidentielle ? 

Philippe Noguès : Selon moi, ce sondage n'a rien de surprenant. Depuis plusieurs mois, je répète que le fossé entre les politiques et les citoyens se creuse. Ce sondage, c'est presque une évidence. Il y a moins d'électeurs prêts à voter à gauche. On n'a pas respecté nos engagements depuis 2012, on a désespéré l'électorat de gauche, le plus proche du PS. Une bonne partie des électeurs du PS ne se déplacent plus voter. On le voit bien dans ce sondage, ils ne se reportent pas sur la gauche de la gauche, ne votent pas à droite, mais n'ont plus envie de voter. Aujourd'hui, l'électorat qui penche à gauche reste chez lui.

RT France : Comment expliquer ce désamour du peuple de gauche pour François Hollande et Manuel Valls ? 

Philippe Noguès : C'est simple, on n'a pas respecté nos engagements, on a dit des choses dans l'opposition, mais une fois au pouvoir, on ne les a pas appliquées. C'est une des raison de mon départ, et je comprends donc les électeurs déçus. On devait montrer qu'il y a une alternative à une Europe allemande, à une politique libérale, mais Hollande n'a même pas essayer de mettre en place ce qu'il avait promis. Il n'a jamais essayé de mettre en place la politique pour laquelle il a été élu, les Français s'en souviendront.

RT France : Pensez-vous que François Hollande peut regagner la confiance des Français et inverser la tendance avant 2017 ? 

Philippe Noguès : Quelle crédibilité pourrait-il avoir en refaisant le discours du Bourget aujourd'hui. Il a fait tout le contraire depuis plus de trois ans, je pense que les citoyens ne sont pas si naïfs que ça. La candidature de François Hollande sera à l'image de son mandat, un échec. 

RT France : Au-delà des cas François Hollande et Manuel Valls, ce sondage révèle que la gauche est en crise. Réunis, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon et Cécile Duflot ne rassemblent que 32% des voix. 

Philippe Noguès : Le Parti Socialiste est divisé, beaucoup pensent la même chose que moi sans oser quitter le PS. Je ne me retrouve plus dans cette politique, et c'est aussi le cas de beaucoup de sympathisants. Mais c'est le cas de tous les partis de gauche, on a vu que les écologistes sont aussi coupé en deux, le Front de Gauche stagne, est aussi coupé en trois. Il n'y a pas un parti de gauche en bonne santé.

RT France : Les partis sont divisés, certes, mais les frondeurs restent malgré tout au PS, contrairement à vous. Comprenez-vous ce choix ?

Philippe Noguès : Certains ont sûrement une crainte pour leur siège de député. Mais beaucoup d'entre eux sont aussi au PS depuis 30 ans, ce n'est pas simple de quitter un parti. Beaucoup de mes collègues sont à la limite de franchir le pas, mais espèrent toujours changer le PS de l'intérieur, même si au final, cette stratégie est un échec. Certains on aussi peur d'être isolé s'ils quittent le PS. Même si cela n'a pas été mon cas, car j'ai été sollicité par les Verts ou le Front de Gauche.

RT France : D'ailleurs, depuis votre départ du PS, vous n'avez pas rejoint un nouveau parti. Pourquoi ? 

Philippe Noguès : Je plaide pour une refondation de la gauche car le PS garde un noyau électoral, mais ne peut plus rassembler la gauche. Je suis le seul frondeur à avoir quitté le PS, je n'ai pas rejoint de nouveau parti, j'essaye de militer pour une refondation de la gauche. Il faut ré-intéresser les citoyens de gauche à la politique, il faut donc partir du terrain, mais les 3/4 des mouvements citoyens partent des partis. Il faut faire le contraire, partir du terrain et remonter vers le politique. Je créé «Voix de Gauche» que je veux ouvrir à tous ceux qui le souhaite car dans la situation actuelle, faire discuter entre eux socialistes et militants du Front de Gauche, c'est déjà un challenge. 

RT France : Selon vous, la naissance d'un courant à la gauche du PS, à la droite du Front de Gauche, derrière quelqu'un comme Arnaud Montebourg, est-ce envisageable?

Philippe Noguès : Il y a un espace pour rassembler le peuple de gauche, oui. Mais si on reste dans une stratégie d'alliance des partis, l'électorat ne suivra pas. De même, la question des individus doit venir après. Ce que fait Montebourg est sympathique, mais c'est dur de lui accorder de la crédibilité, dans le sens où il ne donne pas l'impression de savoir lui-même ce qu'il veut. Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, on ne présente rien à quoi se raccrocher aux électeurs de gauche.

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