France

Paris : des migrants créent un centre d'accueil improvisé

Une centaine de migrants occupe un lycée du XIXème arrondissement parisien où ils ont improvisé un centre d'accueil. Au cœur de leur démarche : dénoncer le manque de solutions d'hébergement.

«Fuir la guerre, trouver la rue», peut-on lire sur un drap, érigé en drapeau et accroché sur les escaliers du lycée désaffecté qui est occupé par des migrants depuis le soir du 31 juillet. Le lieu est une annexe du lycée Jean-Quarré, dans le XIXème arrondissement de Paris. Un bâtiment qui ne sert que ponctuellement à accueillir des activités extra-scolaires.

Les migrants qui l'occupent, tous de sexe masculin, sont principalement originaires d'Afghanistan mais on trouve également des Érythréens, des Soudanais, des Libyens et des Tchadiens. Ils ont entassé tables et chaises derrière l'entrée du lycée et accroché des banderoles aux fenêtres, sur lesquelles on peut lire le slogan : «Ils évacuent des camps, nous ouvrons des écoles». Sur le sol de la cour, est inscrit au pinceau dans de multiples couleurs : «Solidarité avec les réfugiés».

Avant d'investir le lycée, les migrants avaient occupé les locaux de l'association Ni Putes Ni Soumises (NPNS) pendant 24 heures. Ils ont désormais l'intention de «tenir le lieu», face à une mairie de Paris hostile à leur présence dans ce lycée.

Une source à l'Hôtel de ville précise : «on va leur demander de partir, on réfléchit au fait de faire intervenir les forces de police». Au cabinet du maire, on s'insurge : «ce n'est pas en envahissant un équipement public qu'on trouve un hébergement. […] C'est un mode d'action totalement inadmissible», soutien la mairie, avant de rappeler qu'elle a créé 1 300 places pour accueillir des réfugiés depuis début juin .

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Sur place, les immigrés sont soutenus par des riverains et par le Comité «Chapelle en Lutte», qui aide et s'occupe des migrants de la Porte de la Chapelle. Hervé Ouzzane, un membre du comité, s'indigne du traitement qui leur est réservé. «Nous sommes le seul pays d'Europe à ne pas savoir recevoir les migrants. Dans les autres pays, il n'y en a pas un qui dort dehors», veut-il croire.

Françoise, 46 ans, qui habite un immeuble avoisinant le lycée fait partie des résidents du quartier qui viennent en aide aux migrants. «J'ai demandé de quoi ils avaient besoin […] on m'a dit de tout. Alors j'ai apporté des couvertures, des serviettes, des bouquins pour passer le temps», explique-t-elle. Pedro, un bénévole, dit préférer «voir des gens ici, dans un lieu couvert, protégé, chauffé, que dans la rue [où] il y a des rats qui passent au-dessus des corps le soir, quand ils dorment».

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Depuis début juin, les évacuations de camps de migrants se multiplient. Dans la plupart des cas, la mairie de Paris fait des propositions d'hébergement aux clandestins, qui attendent les résultats de leur demande d'asile. Mais, sitôt les sites évacués, de nouveaux migrants viennent quasi-systématiquement prendre la place laissée vacante. La capitale constitue une étape pour les migrants faisant route vers Calais, d'où ils espèrent parvenir au Royaume-Uni où les conditions pour les sans-papiers et les réfugiés sont beaucoup plus flexibles que dans l'Hexagone. Ils sont actuellement plus de 3 000, principalement des Erythréens, des Soudanais, des Ethiopiens et des Afghans, à vivre dans des bidonvilles autour de Calais.

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