Affiches «Parisien rentre chez toi» à Bordeaux : Alain Juppé envisage de saisir la justice

Affiches «Parisien rentre chez toi» à Bordeaux : Alain Juppé envisage de saisir la justice© capture d'écran Twitter
L'autocollant anti-parisien retrouvé à Bordeaux.

A seulement deux heures de TGV, Bordeaux séduit les habitants de la capitale. De quoi agacer un mini-collectif qui a collé des affiches «Parisien rentre chez toi» dans la cité girondine. Alain Juppé envisage de saisir la justice.

Il ne s’agit que de quelques stickers représentant le TGV, symbole honni du transport par lequel le mal – «les Parisiens» – fond sur la ville de Bordeaux, pour que la polémique fasse rage. Le 25 octobre, un collectif anonyme a collé sur les murs de la ville des autocollants «Parisien rentre chez toi».

Le maire de la ville (Les Républicains) Alain Juppé, via Twitter, a annoncé qu’il envisageait de saisir la justice et a déclaré que Bordeaux était une ville accueillante et qu’elle le resterait.

Début octobre, des graffitis anti-gentrification du type «Saint-Mich’ nique les riches» étaient apparus dans le quartier populaire bordelais de Saint-Michel. Pas de quoi soulever un tollé national mais suffisamment pour révéler le malaise entre les Bordelais de longue date et les nouveaux arrivants parisiens.

Qui est derrière ce slogan ?

Jean-Louis David, l’adjoint d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux, a dans un premier temps imputé la responsabilité du collage de ces autocollants anti-Parisiens à un groupuscule d’extrême gauche. Il a en effet déclaré sur France Info le 26 octobre : «Nous avons affaire, de manière assez honteuse d'ailleurs, à une manipulation d'un groupuscule d'extrême gauche qui se sentait propriétaire de quelques territoires dans Bordeaux et qui sont dérangés aujourd'hui.»

Il faisait référence alors au collectif «Pavé Brûlant», qui a aussitôt nié la chose et publié un droit de réponse sur son blog. Félix, l'un de ses membres, a affirmé : «Nous ne sommes pas à l’origine de cet autocollant. Nous pouvons comprendre les motivations des personnes qui l’ont produit, mais nous ne nous reconnaissons pas totalement dans ce slogan.»

Les soupçons s’étaient posés sur Pavé Brûlant à la suite d'une publication sur leur blog relative à installation d’un concept store haut de gamme dans le quartier populaire de Saint-Michel – une violence pour ce collectif, qui écrit : «Beaucoup de gens ont le sentiment de subir des politiques sociales et économiques violentes sans parvenir à trouver le moyen d’y répondre. Et la gentrification est une violence supplémentaire : les populations modestes s’appauvrissent, et voient arriver des représentants de la grande bourgeoisie qui exhibent fièrement leur réussite.» 

Le maire sur-réagit. Au départ, c’est une blague de potaches, démarrée autour d’un verre

En réalité, comme l’explique Le Monde, c’est un mini-collectif de trois personnes rassemblées autour du groupe Facebook «Front de libération Bordeluche face au parisianisme» (FLBP), qui a conçu les autocollants. «Le maire sur-réagit. Au départ, c’est une blague de potaches, démarrée autour d’un verre», a confié au quotidien Vincent Poudampa, un avocat bordelais en charge de ce mini-collectif. Il ajoute : «Je suis avocat et je ne vois pas sur quel fondement le maire peut attaquer : incitation à la haine ?»

Leur compte Twitter épinglait depuis longtemps les Parisiens sur un ton dérisoire, comme ce tweet faisant référence à une invasion d'habitants de la capitale orchestrée par Kim Jong-Un...

«Les Bordelais ne veulent pas des Parisiens, la province si !»

Les réactions à cette petite polémique sur Twitter ont été nombreuses, révélant les frictions entre les Bordelais d'origine et les nouveaux arrivants. «Les Parisiens veulent le beurre et l'argent du beurre et le sourire des Bordelais», accuse par exemple un internaute, usant du hashtag #ParisienRentreChezToi.  

Un autre se plaint de la spéculation immobilière qu'entraînerait la venue de riches parisiens.

Des Parisiens leur répondent de manière frontale et plutôt ironique. Cet internaute, par exemple, dénonce l’hypocrisie des Bordelais prétendant que la ville perdrait son âme et son côté populaire, alors que Bordeaux est réputé être une ville plutôt bourgeoise.

Un supposé Parisien se plaint d'ailleurs d’avoir rencontré à Bordeaux un milieu hostile et fermé.

Mais des Bordelais volent au secours des nouveaux arrivants, comme la députée de Gironde (La République en marche) Dominique David.

En province, les réactions varient. Bordeaux ravive le réflexe du rejet habituel du Parisien, comme ce Breton supposé qui explique que les habitants de sa région rêvaient de réaliser le même type d'affichage anti-Parisiens que celui déployé à Bordeaux.

Mais on trouve également des messages de soutien, comme celui de ce Nantais qui se propose d'accueillir les Parisiens à bras ouverts.

La Ville de Libourne, également en Gironde, se dit aussi terre d'accueil des Parisiens.

Pourquoi Bordeaux plaît tant aux Parisiens ?

Une ville dynamique, moderne, pleine de projets, proche de la mer, accessible depuis juillet 2017 à Paris en deux petites heures de TGV : il n’en fallait pas plus pour qu’un exode se produise. Selon Alain Juppé, 70% des nouveaux installés dans la ville de Bordeaux en 2016 étaient Parisiens ou Franciliens. La société de production Solidanim, Ubisoft... la Gironde a accueilli 74 entreprises en 2016. 4 700 entreprises du numérique se sont installés, ainsi qu'une floraison d'incubateurs, de pépinières, de coworkings…

En conséquence, une hausse des prix de l’immobilier, de 12% en un an, au deuxième trimestre 2017, et la multiplication des logements Airbnb, des phénomènes susceptibles, selon certains, de faire perdre son âme à la Ville... Bordeaux deviendrait trop dense et serait nouvellement affectée par les bouchons.

Selon les prévisions de l’Insee, la ville atteindrait le million d’habitants en 2030. Il n’en fallait pas plus pour qu'une (modeste ?) fronde anti-parisien s'exprime.

 

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