Grégoire Thery : «En légalisant la prostitution, c'est le proxénétisme qu'on autorise»

La gérante d'une maison close calculle ses recettes de la journée © Sigit Pamungkas Source: Reuters
La gérante d'une maison close calculle ses recettes de la journée

Une étude réalisée par le mouvement du Nid ravive le débat sur la législation de la prostitution. RT France a interviewé le porte-parole du mouvement qui lutte pour l'abolition de la prostitution.

RT France : Vous parlez d’abolir la prostitution, pourquoi ?

Grégoire Thery : Il faut savoir que, de nos jours, les formes de proxénétisme peuvent être très sophistiquées. Le proxénète peut être le conjoint, un membre de la famille ou toute autre personne qui, d'une certaine manière, va tirer profit de la situation prostitutionnelle d'une autre personne en s'appuyant sur sa vulnérabilité. Il existe principalement deux formes de proxénétisme : Celui dit «de proximité» qui est fréquent, et celui «organisé» dans des réseaux mafieux. Il existe en effet quelques personnes prostituées qui ne sont pas sous la coupe d'un réseau ou d'un proche. Mais en France, les marges de manœuvre d’«indépendance» par rapport au proxénétisme sont extrêmement faibles.

Aujourd'hui, environ 90% des personnes prostituées dépendent d'un réseau de prostitution ou d'un proxénète «local». C'est une écrasante majorité. En tout état de cause, en France, une personne qui se prostitue de nos jours, ne peut pas le faire dans un lieu public de prostitution sans payer une certaine somme pour avoir le droit d'être à cet emplacement car elle créé une situation de concurrence par rapport aux personnes qui, elles, sont contrôlées par des réseaux. Dans ce cas, la personne va forcément être rattrapée par le proxénétisme. Idem sur internet, il ne faut pas se faire d'illusions : la grande majorité des personnes qui se prostituent via internet sont complétement victimes de réseaux organisés.

Prenons comme exemple les city-tours, où les réseaux de proxénètes gèrent les réservations, le standard, les contacts avec les clients et où les personnes prostituées sont tout simplement déplacées en fonction de la demande. Même dans les situations d'une certaine «indépendance», elles sont très rapidement rattrapées par des réseaux qui vont vouloir prendre une partie de leurs gains pour ne plus qu'elles fassent de concurrence à d'autres personnes qui, elles, sont tenues par des réseaux. 

RT France : Au Pays-Bas la prostitution est légale, et on observe une baisse des cas de VIH et une augmentation des revenus fiscaux. Ce ne sont pas des preuves suffisantes à vos yeux qui prouvent que c’est la voie à suivre ?

GT : Nous dénonçons très précisément la situation en Allemagne et aux Pays-Bas. Lorsqu'on parle de légalisation de la prostitution, on parle en fait de légalisation du proxénétisme. On a donné aux proxénètes un statut d'entrepreneurs du sexe en prétendant que c'était pour mieux protéger les personnes prostituées. Mais 10 ans après l'instauration de ces lois au début des années 2000, nous constatons une explosion de la traite d'êtres humains et le maintien voire l'augmentation des conditions d'exploitation des personnes prostituées.

On a donné un laisser-passer aux proxénètes et les personnes prostituées se retrouvent tout autant, voire encore plus exploitées. Ensuite, il y a des pays comme l'Espagne et la Belgique qui sont dans des situations d'hypocrisie à savoir, qui interdisent le proxénétisme sur le papier, mais qui laissent faire et ferment les yeux sur l'ouverture ou le maintien d'établissements de prostitution. Ces établissements sont des lieux dits «officiels», «contrôlés» et dans lesquels les personnes prostituées vont être mieux alors qu'en réalité, elles sont encore plus enfermées dans cette banalisation et cette légitimation de la prostitution.

Le modèle que nous soutenons, il existe, il est appliqué en Suède, en Islande et en Norvège. C'est un modèle qui ne s'attaque plus aux personnes prostituées, qui ne les condamne plus, qui leur propose des solutions d'orientation pour s'en sortir, et qui, dans le même temps, condamne fermement le proxénétisme et les clients. Ce modèle n'est malheureusement pas encore majoritaire en Europe. 

 

RT France : Qu’est-ce que ça veut dire au niveau de la législation française ?

GT : Il s’agit des politiques publiques qui ne répriment plus les personnes prostituées, qui ne les considèrent pas comme délinquantes pour leur activité, mais qui, à l'inverse, leur offrent une protection en tant que victimes de proxénétisme et qui développent des alternatives à la prostitution, des moyens d'accompagnement social, d'insertion, de formation, pour pouvoir s'en sortir.

Nous demandons l'interdiction totale de tout achat d'un acte sexuel car nous considérons qu'un acte sexuel qui est acheté est un acte sexuel imposé par l'argent, ce qui en fait une violence à la personne. En France, on n'a plus le droit d'imposer un acte sexuel par la contrainte physique ou psychologique, le viol est interdit et sévèrement puni par la loi. De la même manière on ne devrait plus avoir le droit de profiter de la précarité économique ou de la détresse d'une personne pour lui imposer un acte sexuel par l'argent.

Nous sommes donc pour la pénalisation des clients. Enfin, nous souhaitons évidemment une politique de prévention, notamment auprès des jeunes pour éduquer à l'égalité et à une sexualité qui n'est pas dominante ou violente.

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