La question de la liberté d'expression des magistrats au sein de la Cour des comptes est au cœur d'un rapport interne remis par Didier Migaud, ancien premier président de l'institution (2010-2020). Il estime que « la consolidation de l'indépendance des juridictions passe moins par la création de nouvelles dispositions que par le renforcement de l'effectivité des dispositifs existants ».
L'expression publique des magistrats y est identifiée comme un « risque » pour « la neutralité et l'impartialité ». Si la grande majorité respecte les règles, la frontière entre opinion personnelle et image de l'institution devient plus floue avec les réseaux sociaux, ce qui « impose une vigilance accrue ».
Le rapport préconise une réponse disciplinaire en cas de manquements répétés. Jusqu'ici, seuls des rappels à l'ordre ont été prononcés, notamment après la tribune critique d'un collectif de magistrats parue en février dans Le Monde. Le collège de déontologie leur avait reproché d'avoir « dépassé leur devoir de réserve » et « fragilisé » l'institution.
Ces recommandations interviennent dans un contexte où la parole des juges est particulièrement scrutée. L'affaire Lyhanna, qui a révélé de graves anomalies dans le traitement de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs et conduit à des sanctions contre un substitut du parquet d'Auch, qui allait être promu par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a ravivé les tensions. Les syndicats, dont le Syndicat de la magistrature, ont dénoncé une « mécanique du bouc émissaire » et défendu leurs collègues face aux critiques politiques, rappelant des polémiques plus anciennes comme celle du « mur des cons ».
Dans le journal Le Monde, un magistrat anonyme s'inquiète déjà : « Faudrait-il que nous devenions une Grande muette ? » Une autre redoute un « verrouillage » de la parole, surtout à l'approche d'une élection présidentielle. Amélie de Montchalin doit présenter les suites qu'elle donnera à ce rapport le 8 septembre, lors de l'audience de rentrée.