La succession de vagues de chaleur et d'incendies qui frappent la France pourrait peser lourdement sur les comptes publics et compliquer l'objectif fixé par le gouvernement de ramener le déficit à 5 % du PIB en 2026. Déjà fragilisé par les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient et de la hausse des prix de l'énergie, l'exécutif doit désormais faire face au coût des événements climatiques extrêmes.
Pour contenir le déficit, le gouvernement a déjà annoncé 9 milliards d'euros d'économies par rapport au budget initial. Mais ces efforts pourraient s'avérer insuffisants. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, reconnaît désormais qu'il sera difficile d'atteindre la cible, affirmant vouloir rester « aussi proche que possible » des 5 % de déficit. À gauche, le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Éric Coquerel, réclame un budget rectificatif afin de dégager de nouvelles recettes.
Des milliards de perte
L'impact économique exact demeure difficile à mesurer. Selon l'économiste Anthony Morlet-Lavidalie (Rexecode), la sécheresse pourrait retrancher entre 3 et 6 milliards d'euros de richesse nationale cette année. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, estime déjà que les coûts dépasseront ceux de 2022, lorsque la sécheresse avait généré plus de 5,6 milliards d'euros de pertes, notamment en raison des fissures provoquées sur les bâtiments.
À ces dégâts s'ajoutent les conséquences des incendies, qui ont déjà détruit plus de 116 000 hectares de végétation, un niveau inédit depuis près d'un demi-siècle. Les dépenses liées aux moyens de lutte, aux évacuations, aux aides d'urgence, aux indemnisations des sinistrés ou encore au chômage partiel viennent alourdir la facture. L'agriculture est également touchée par la baisse des rendements, tandis que la production électrique est perturbée par les fortes températures qui limitent le fonctionnement de certaines centrales nucléaires et barrages.
Certains secteurs profitent toutefois de ces épisodes extrêmes, comme les fabricants de climatiseurs, les distributeurs d'électricité ou encore le marché des véhicules électriques. Mais ces effets positifs restent marginaux face aux pertes globales. Les économistes rappellent que les coûts humains, environnementaux et budgétaires dépassent largement les bénéfices ponctuels.
À plus long terme, les projections sont encore plus préoccupantes. Selon Allianz Trade, une succession d'étés exceptionnellement chauds entre 2026 et 2030 pourrait coûter près de 208 milliards d'euros à l'économie française et porter le déficit public autour de 7,1 % du PIB, faisant de la France l'un des pays européens les plus exposés aux conséquences économiques du changement climatique.