France

Colère des pompiers : salaires, effectifs et matériel en cause

Après la mort d’un troisième sapeur-pompier cette saison, la profession dénonce l’épuisement, le manque de moyens humains et matériels face à la multiplication des incendies.

Alors que les mégafeux continuent de ravager le sud-ouest de la France, la tragédie récente en Gironde ravive la colère des sapeurs-pompiers, qui pointent du doigt des années d’insuffisances structurelles.

« Le plus dur va arriver, le mois d’août va être catastrophique »

La mort d’un sapeur-pompier volontaire le 27 juillet, alors qu'il participait à un dispositif préventif de lutte contre les feux de forêts dans les Bouches-du-Rhône, porte à trois le nombre de décès chez les soldats du feu après le décès de deux d’entre eux le 21 juillet à Mérignac

Bruno Ménard, secrétaire général du SSPVF, tire la sonnette d'alarme et évoque la fatigue qui s’accumule : « Imaginez aujourd’hui, on est fin juillet […] les organismes des sapeurs pompiers professionnels et volontaires sont dans un état comme si on était fin août, début septembre ». Et d’ajouter : « Le plus dur va arriver, le mois d’août va être catastrophique ».

Les syndicats dénoncent un épuisement chronique. Guillaume Millet (CFDT) explique que les colonnes de renfort manquent cruellement d’effectifs : « Quand on envoie une colonne de renfort d’une cinquantaine d’hommes, il en faudrait 100 pour respecter les repos de sécurité ». Les pompiers, « rincés », risquent pertes de lucidité et intoxications.

Sébastien Delavoux, du collectif CGT, abonde : les gardes de plusieurs jours s’enchaînent, les renforts arrivent après de longues routes sans récupération. « Ce qui est énervant, c’est d’entendre qu’on n’a pas besoin de moyens », déplore-t-il, rappelant la perte de près de 1 000 camions depuis 2006 malgré l’augmentation des risques.

Sur X, un internaute dénonce l’opération de communication orchestrée avec le média Brut lors d’une visite du président de la République dans une caserne de pompier : «Macron débarque chez les pompiers de Bordeaux qui se crèvent le cul contre les incendies… et les gars le regardent comme s’il était un alien. Bras croisés. Têtes baissées. Sourires de façade zéro. Certains se retiennent clairement de lui en coller une. Et lui ? Il fait son petit show, ses gestes, son sourire de commercial ».

D’autres voix, comme celle de Rémy Chabbouh (SUD) sur CNews, martèlent : « On est la 7e puissance mondiale et on en est à implorer la pluie. [...] Il va y avoir des comptes à rendre à la rentrée ! ».

Les volontaires cumulent interventions incendies, gardes et emplois civils, dormant parfois sur des lits de camp entre deux missions. Le Secours d’urgence (SSUAP) représente 74 à 80 % de l’activité, ajoutant à la pression.

Face aux salaires stagnants, aux conditions dégradées et à un matériel vieillissant malgré les promesses post-2022, la profession réclame des investissements massifs en hommes, camions et formation. Les syndicats alertent : sans mesures fortes, la ressource humaine, déjà à bout, ne tiendra plus.