Dans un entretien accordé au Parisien et une lettre de 86 pages dévoilée le 17 juillet, Bernard Cazeneuve esquisse son projet présidentiel dans un contexte de crise politique au Parti socialiste, qu’il a quitté en 2022.
L’ancien chef du gouvernement de François Hollande, qui a quitté le PS en 2022 pour créer La Convention, justifie son refus de la primaire : « Les jeux d’appareils à la distance desquels je me tiens résolument depuis l’alliance conclue avec LFI ont tout abîmé. »
Celui qui avait déjà fait savoir son envie de mener campagne prône un « large rassemblement » dépassant les clivages traditionnels pour contrer le RN.
Sur X, le journaliste retraité Jérôme Godefroy s’est félicité de cet engagement, tout en se montrant sceptique quant à sa capacité à aller très loin : « C’est évidemment très bien que Bernard Cazeneuve s’avance [...] Il est très compétent, mesuré et affable. Mais son allure indolente de comptable placide [...] ne va pas le propulser très loin ».
Se présentant comme « un républicain de gauche » et un « social-démocrate », Cazeneuve identifie une « crise de confiance » et propose trois chantiers majeurs : refonder les services publics, notamment l’éducation et la santé, moderniser les institutions et protéger la souveraineté nationale.
« Mon constat tient en une phrase : le pays n'est pas brisé. Il est mal gouverné, mal représenté, mal considéré », insiste-t-il.
Sa lettre détaille 30 propositions : protection des enfants contre la pédocriminalité, lutte contre les violences faites aux femmes, consolidation des retraites par répartition au moyen de réformes négociées et instauration d’une « règle d’or sociale » pour compenser les exonérations de cotisations. Il évoque aussi la simplification fiscale, la taxation des très grandes fortunes et une politique migratoire associant humanité, intégration et fermeté.
Cette candidature fait en revanche l’objet de critiques, notamment de la part du chroniqueur Emmanuel de Villiers sur RMC, qui rappelle que Cazeneuve doit tout au PS et à François Hollande, avant de se moquer : « Cazeneuve est autoproclamé. Il a d’abord été petit ministre, puis a été propulsé jusqu’au poste de Premier ministre. Il se croit homme du devoir. On pourrait dire : MDR. »
Face aux « dégagismes » du RN et de LFI, Cazeneuve tente d’incarner un État plus efficace. Il défend également le retour au septennat et un rôle renforcé du Premier ministre, tout en assumant la nécessité d’efforts budgétaires pour sauver le modèle social.
Avec une trentaine de candidats déclarés ou putatifs, cette nouvelle entrée illustre une fragmentation persistante, notamment à gauche. L’ancien ministre de l’Intérieur avance par un « contrat » direct avec les Français, à distance de la primaire et des jeux d’appareils.