France

«Notre investissement n’est pas reconnu» : en France, le ras-le-bol des salariés de la dissuasion nucléaire

Plus de 250 salariés du Commissariat à l’énergie atomique, en région parisienne, ont manifesté le 19 juin pour dénoncer la stagnation de leur rémunération alors même que jamais la France n’a autant budgété pour ses forces armées. En cause, a notamment souligné le Canard enchaîné : un point d’indice gelé depuis… 17 ans.

« On est les oubliés de l’histoire ». Lors d’une manifestation « d’une heure tout juste », le 19 juin, sur le parking d’un centre du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), à Bruyères-le-Châtel, dans l’Essonne, et à laquelle a assisté un journaliste du Parisien, pas moins de « 250 ingénieurs » de ce « site ô combien stratégique pour la défense française, secret et ultra-sécurisé », ont manifesté leur ras-le-bol de leurs conditions salariales.

« J’étais content et fier : je travaille au service de la France », se remémore l’un des manifestants, évoquant auprès du quotidien son départ du secteur privé pour intégrer le CEA malgré une « grosse baisse de salaire ». « Et comme nous sommes reliés à l’armée, on est un peu docile, je pense. Mais quand je vois comment on est traités… ça dégoûte », a-t-il poursuivi. « Notre investissement n’est pas reconnu », a-t-il regretté.

« Sans nous, pas de dissuasion nucléaire », a lancé l’un d’eux au quotidien régional. « Depuis 2009, malgré l’inflation, nos salaires n’ont pas augmenté en dehors de primes personnelles », a déclaré une déléguée de la CFDT. En cause, une non-revalorisation du point d’indice, rappelle Le Parisien, évoquant un précédent mouvement social en 2022.

Salariés du CEA : un pouvoir d'achat en baisse de 30 % depuis 2009

« En 2026, plus de 42 milliards d’euros seront principalement dédiés aux torpilles, missiles et autres obus », a opposé le quotidien, renvoyant à la hausse du budget de la Défense enclenchée sous la présidence Macron et préservée malgré la période de disette que traverse le pays.

Un gel de 17 ans de leur point d’indice également évoqué par le Canard enchaîné, qui a précisé la mission de ces membres du CEA, à savoir « fabriquer les têtes des missiles balistiques ». Le palmipède, qui parle d'une baisse de « 30 % » du pouvoir d'achat de ces « armuriers du nucléaire », a également taclé Emmanuel Macron qui, pas plus tard que le 2 mars, « bombait le torse » à l’île Longue, en rade de Brest.

« Ma responsabilité est d’assurer que notre dissuasion conserve et qu’elle conservera à l’avenir son pouvoir de destruction assuré dans l’environnement dangereux, mouvant et proliférant […] C’est pourquoi j’ai ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal », avait notamment annoncé le chef d’État français.