France

L'ARCOM met en demeure Radio France pour «sous-représentation» du RN en journée

L’Arcom a rappelé à l’ordre Radio France pour avoir diffusé l’essentiel du temps de parole du Rassemblement national entre minuit et 6 heures sur France Inter et France Info. Le groupe public invoque une «erreur technique», mais ce rappel intervient dans un contexte de fortes tensions autour de la neutralité du service public.

Le régulateur de l’audiovisuel a officiellement mis en demeure Radio France pour manquement au pluralisme politique. Entre janvier et mars 2026, période incluant la campagne des municipales, près de 60 % du temps de parole accordé au RN sur France Inter et plus de 70 % sur France Info ont été diffusés de nuit, soit à des heures de très faible audience.

Ce constat embarrassant pour le service public révèle une sous-représentation manifeste en journée, où le RN, premier parti aux européennes de 2024 et force parlementaire majeure, n’atteignait qu’environ 9 % des interventions politiques. L’Arcom insiste sur l’« exigence particulière » d’exemplarité qui pèse sur Radio France.

Le groupe public a immédiatement plaidé une « erreur technique » liée au déploiement d’un nouvel outil de suivi des temps de parole en janvier, incapable, dans un premier temps, de distinguer correctement le jour et la nuit. Une explication qui peine à convaincre totalement, d’autant que l’autorité avait déjà adressé plusieurs rappels à Radio France en 2025 et au début de l’année 2026 concernant des déséquilibres similaires.

Un pluralisme de façade aux heures creuses

Sur X, les réactions ont été vives. Jordan Bardella a dénoncé une mise à l’écart délibérée : « Censé faire preuve de pluralisme politique et d’impartialité, le service public de l’audiovisuel a donc sciemment mis à l’écart le premier parti de France et ses millions d’électeurs : sommes-nous encore dans une démocratie fonctionnelle ? »

Marine Le Pen a, quant à elle, jugé que « le comportement » de Radio France « n’est plus supportable ».

Ce nouvel épisode intervient dans un climat tendu, quelques semaines après la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et le rapport Lasserre sur l’impartialité. Il fait écho aux critiques adressées en 2021 par le CSA (ancêtre de l’Arcom) à CNews pour avoir relégué les représentants de LFI et de l’exécutif à des horaires de faible audience.

Radio France assure avoir corrigé le problème technique et affirme multiplier les invitations aux responsables du RN, souvent déclinées. Cette mise en demeure, rare pour le groupe public, souligne néanmoins les difficultés persistantes à garantir un pluralisme effectif en période pré-présidentielle. L’affaire pourrait alimenter davantage le débat sur la confiance accordée à l’audiovisuel public, dans un contexte de crise.