Le Premier ministre a reformulé, lors d’une conférence de presse à Matignon, les craintes exprimées par l’exécutif face à un risque d'ingérence qu’il juge croissant, en parlant de « menaces lourdes ».
Après des municipales où les ingérences ont été «significatives sans effet majeur », l’échéance présidentielle s’annonce selon lui comme un terrain propice à des opérations plus ambitieuses.
Une rhétorique bien rodée, des preuves plus fragiles
Sébastien Lecornu a insisté sur la nécessité de « protéger le débat démocratique » en évoquant un arsenal législatif renforcé grâce à de nouveaux référés d’urgence devant la justice en période électorale et un durcissement des peines. Un projet de loi, annoncé par Emmanuel Macron, pourrait arriver à l’automne. Pourtant, cette alerte générale suscite une certaine perplexité. Si le gouvernement pointe volontiers des « ingérences étrangères », le cas concret des candidats LFI (Sébastien Delogu, François Piquemal, David Guiraud) illustre les limites de cette narration.
Des campagnes de désinformation (fausse accusation de viol, faux visuels) ont bien été détectées par Viginum, le service de l'État chargé des ingérences numériques étrangères, et remontent à une entreprise israélienne, BlackCore, basée à Tel Aviv, laissant supposer une ingérence israélienne.
Mais, comme l’a reconnu Lecornu lui-même, «le commanditaire» reste inconnu, avec une possible piste de « mercenariat numérique ».
« On ne sait pas, au fond, quel est le commanditaire. Ça veut dire […] qu’on est en train d’assister à une forme de mercenariat numérique », a-t-il déclaré. Une nuance importante qui contraste avec la tonalité alarmiste du discours officiel.
Il est en effet très commode, dans le contexte géopolitique actuel, d’invoquer systématiquement des menaces russes ou étrangères pour expliquer des tensions politiques internes, même lorsque les preuves de la responsabilité d'un État étranger font défaut.
Le gouvernement a demandé des explications à Israël, sans aller plus loin pour l’instant.
L’alerte de Matignon est légitime sur le fond, mais sa mise en scène, particulièrement lorsqu’elle concerne des cas non élucidés comme celui de LFI, invite à la prudence : derrière la lutte nécessaire contre les manipulations, ne se cache-t-il pas parfois une volonté de cadrer le débat public ?