Les résultats publiés le 9 juin 2026 par le service statistique du ministère de l’Éducation nationale soulignent la complexité de mesurer un phénomène souvent sous-déclaré. Dans un contexte de malaise grandissant autour de l’éducation en France, notamment après le scandale du périscolaire à la mairie socialiste de Paris, cette nouvelle étude témoigne d’un malaise profond dans le système éducatif français.
L’étude repose sur des questionnaires d’auto-évaluation remplis par les élèves du CE2 à la terminale lors de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire en novembre 2025. Au total, 33 240 questionnaires exploitables issus de 678 établissements ont permis d’établir des échantillons représentatifs.
« Pour la première fois et sur la base du volontariat, les élèves pouvaient indiquer leurs noms et prénoms », précise la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). Ceux « en situation de harcèlement » déclarent « subir de manière répétée des atteintes de leurs pairs et expriment une perception négative d’aspects liés à la vie scolaire ».
Ce changement de protocole rend les comparaisons impossibles avec les éditions anonymes de 2023 et 2024. La Depp note d’ailleurs une baisse uniforme de 1 à 2 points par rapport à 2024, qu’elle attribue potentiellement à cette évolution méthodologique, qui aurait pu modifier les comportements de réponse.
Ces résultats suscitent déjà des interrogations. La journaliste spécialisée dans les questions d’éducation Aude Lorriaux estime que les chiffres publiés sont « aberrants » et contestés par plusieurs chercheurs de référence. Selon elle, la proportion réelle d’élèves harcelés serait probablement plus proche de 20 %.
L’étude révèle par ailleurs que les garçons sont autant concernés que les filles. Au lycée, d’importants écarts apparaissent selon les filières : les élèves en deuxième et troisième année de CAP sont jusqu’à huit fois plus touchés que les autres (jusqu’à 9 %, contre 1 à 3 %). Au-delà des cas caractérisés de harcèlement, 13 % des écoliers du primaire, 6 % des collégiens et 5 % des lycéens se trouvent dans des situations de dégradation de la vie scolaire « intermédiaires », qualifiées de « à surveiller ».
Ces chiffres officiels restent nettement inférieurs à d’autres estimations. Santé publique France évoquait en janvier plus de 16 % des enfants de 6 à 11 ans probablement victimes, tandis que l’association e-Enfance avançait 35 % dès l’école primaire en octobre 2025.
L’enquête annuelle, lancée dans le sillage du plan interministériel de lutte contre le harcèlement, continue ainsi d’alimenter le débat sur l’ampleur réelle du phénomène et l’efficacité des dispositifs de prévention mis en place. En janvier, une jeune fille victime de harcèlement s’était donné la mort à Mitry-Mory, en Seine-et-Marne.