L’affaire de trop dans un pays qui, aux yeux de nombre de ses citoyens, ne serait plus capable de les protéger ?
Alors qu’une marche blanche est organisée ce 7 juin à Fleurance, dans le Gers, en hommage à la jeune Lyhanna, Bruno Retailleau a dénoncé dans les colonnes du Parisien un « abominable naufrage judiciaire » et appelé à une « révolution pénale », notamment en matière de sanction des magistrats.
Dans cet entretien publié le 6 juin, l’ancien ministre de l’Intérieur (2024–2025) et actuel candidat à l’élection présidentielle a proposé la création d’une « cour disciplinaire de la magistrature », estimant que l’actuel Conseil supérieur de la magistrature (CSM) serait « trop corporatiste dans sa composition ».
Ladite cour sera, par conséquent, composée de « magistrats et personnalités qualifiées », mais également d’un collège de citoyens tirés au sort, à l’instar des jurys d’assises, et « ne sera pas présidée par un magistrat, mais par l’un des autres membres, élu par ses pairs ». « Elle pourra être saisie par les citoyens, les supérieurs hiérarchiques des magistrats en cause ou le ministre de la Justice », a-t-il également précisé.
Une «défaillance systémique des institutions»
Lyhanna, âgée de 11 ans, a été porté disparu le 29 mai. Son corps sans vie a été retrouvé le 4 juin dans le silo d’une usine agricole. Le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, a été mis en examen pour enlèvement et séquestration. Celui-ci jouit d’un casier judiciaire vierge, malgré plusieurs dépôts de plainte et signalements à son encontre depuis 2017, notamment pour viol sur mineure. Un constat qui a provoqué une vague d’indignation à travers le pays, où certains dénoncent une « défaillance systémique des institutions ».
« On a failli dans le suivi des plaintes », a concédé le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, le 5 juin sur TF1, estimant que « l'institution judiciaire n'a pas su protéger » la fillette. Le ministre français de la Justice avait pourtant émis, en janvier dernier, une circulaire pénale priorisant les enfants victimes dans le traitement des plaintes, mais « visiblement, le ministre n'a pas été suivi », a estimé Bruno Retailleau.
« Désigner la faute des magistrats, c’est un comportement absolument irresponsable », a fustigé sur le plateau de BFMTV Robin Binsard, avocat pénaliste au barreau de Paris. Et d'évoquer une « situation connue et signalée » au tribunal d’Auch, renvoyant au « véritable appel à l’aide » envoyé par la procureure lors de la rentrée solennelle.