L’Assemblée nationale examine une proposition de loi destinée à réduire les risques sanitaires liés au cadmium dans l’alimentation. Le texte prévoit d’abaisser progressivement la quantité maximale autorisée de ce métal dans les engrais phosphatés utilisés par l’agriculture.
Ce débat s’appuie sur plusieurs alertes sanitaires publiées ces derniers mois et sur des recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Selon ces travaux, la population française serait davantage exposée au cadmium que celle de plusieurs pays voisins européens.
Le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans l’environnement. Le problème apparaît lorsque sa concentration augmente dans les sols agricoles, notamment à travers l’utilisation d’engrais phosphatés. Une fois absorbé par les cultures, il entre progressivement dans la chaîne alimentaire et peut ensuite être retrouvé dans des produits consommés quotidiennement : pain, pâtes, pommes de terre, céréales du petit-déjeuner, viennoiseries ou biscuits.
Les matières fertilisantes représenteraient plus de 80 % des apports en cadmium dans les sols agricoles français, dont plus de la moitié proviendrait des seuls engrais phosphatés.
Un enjeu sanitaire de plus en plus difficile à contourner
Le sujet inquiète parce que les risques sont connus depuis longtemps. Le cadmium est classé depuis 1993 comme cancérogène avéré pour l’être humain. Il est aussi associé à des atteintes rénales, osseuses et à des effets sur la reproduction. D’après les données disponibles, près de la moitié des adultes français dépasseraient les valeurs toxicologiques de référence. Les enfants font partie des populations les plus exposées.
Ces chiffres ont replacé le dossier au centre du débat public. Un collectif de malades atteints d’un cancer du pancréas et de proches de victimes dénonce une « anomalie française ». Des médecins libéraux avaient déjà alerté le gouvernement en parlant de « bombe sanitaire ». Pour les défenseurs du texte, la question n’est donc plus de savoir s’il faut agir, mais à quel rythme.
Un choix politique autant qu’agricole
La proposition portée par Benoît Biteau et Clémentine Autain ne prévoit plus une interdiction totale du cadmium dans les engrais. Elle fixe désormais une baisse par étapes : 40 mg/kg dès le 1er janvier 2027, puis 20 mg/kg à partir de 2030.
Le gouvernement préfère aller plus lentement, avec une trajectoire à 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030, puis 20 mg/kg à l’horizon 2038. Derrière ce désaccord de calendrier se pose aussi la question des approvisionnements. La France importe une grande partie de ses engrais phosphatés du Maroc, dont certaines roches sont naturellement plus riches en cadmium.
D’autres origines, dont la Russie, sont citées comme moins chargées en cadmium, mais restent peu mises en avant dans le débat public, alors qu’elles pourraient répondre à une partie du problème sanitaire.
Les partisans du texte estiment que cette dépendance ne doit pas retarder les mesures de protection. Les opposants évoquent, eux, un risque de hausse des coûts et de perte de compétitivité pour les agriculteurs. Benoît Biteau répond que la décadmiation ne serait « pas très onéreuse » et représenterait environ « 2 euros par hectare et par an ». Au fond, ce dossier montre que les choix agricoles, industriels et diplomatiques présentés comme techniques ont aussi des conséquences directes sur la santé publique.