France

Nouvelle-Calédonie : l’Assemblée entérine l’ouverture du corps électoral aux «natifs», vives critiques des oppositions

L’Assemblée nationale a adopté le 20 mai une loi organique inscrivant d’office quelque 10 500 «natifs» sur les listes électorales provinciales, à moins de six semaines du scrutin du 28 juin. Un élargissement limité salué par l’exécutif mais rejeté par la gauche et critiqué par les loyalistes, qui déplorent l’échec de l’inclusion des conjoints.

L’exécutif peut se réjouir d’une avancée concrète sur le dossier calédonien.

Le 20 mai, les députés ont définitivement adopté, dans les mêmes termes que le Sénat, une proposition de loi organique permettant l’inscription automatique d’environ 10 500 enfants d’électeurs, jusqu’ici exclus du corps électoral provincial.

Un « petit pas » décisif mais contesté

Cette réforme intervient dans un contexte extrêmement tendu, deux ans après les émeutes de 2024 qui avaient fait une quinzaine de morts. Le gel du corps électoral, hérité des accords de Nouméa de 1998, réservait le vote provincial aux personnes présentes depuis dix ans en 1998 et à leurs descendants. Avec le temps, près de 37 000 personnes, soit 17 % du corps électoral, en étaient exclues.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a défendu cette mesure comme une « victoire de bon sens » pour les enfants de Nouvelle-Calédonie. « C’est une avancée majeure […] Le statu quo n’était plus une option », a-t-il réagi sur X.

Les oppositions de gauche ont vivement critiqué la méthode. Le député Emmanuel Tjibaou (GDR, FLNKS) a rappelé que les indépendantistes du FLNKS n’étaient « pas fermés à l’intégration des natifs, mais dans le cadre d’un accord global ». Pour Bastien Lachaud (LFI), pourtant favorable au droit de vote des étrangers en France : « il n’est pas possible de toucher au corps électoral sans l’accord du peuple premier ». Il a par ailleurs affirmé qu’en cas d’élection de Jean-Luc Mélenchon : « le gouvernement insoumis se portera garant du respect de l’accord de décolonisation de Nouméa ».

Du côté loyaliste, la déception est vive. Nicolas Metzdorf (Ensemble pour la République) a dénoncé un texte insuffisant après le rejet, à une voix près (164 contre, 163 pour), de l’amendement gouvernemental sur les conjoints « à cause des votes du Modem, de certains d’Horizons et du rapporteur LR ». 

Le gouvernement mise désormais sur les élections provinciales du 28 juin pour relancer le dialogue en juillet. Mais le risque juridique persiste : le texte sera examiné par le Conseil constitutionnel. Entre décolonisation et principe « un homme, une voix », la Nouvelle-Calédonie reste un dossier fracturé où chaque avancée réveille les fractures historiques. Un dossier chaud qui devrait compter parmi les sujets de campagne en 2027.