France

Édouard Philippe dans la tourmente : un juge d’instruction saisi pour des soupçons de favoritisme au Havre

Le Parquet national financier (PNF) a confié à un juge d’instruction une enquête sur Édouard Philippe pour des faits présumés de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêts et concussion. L’affaire concerne la gestion de la Cité numérique du Havre et vise également son adjointe.

Le 19 mai, le PNF a annoncé qu’un juge d’instruction allait enquêter sur Édouard Philippe pour des soupçons graves de malversations financières au Havre, ville dont il est maire. Alors qu’il prépare activement sa candidature à la présidentielle de 2027, l’ancien Premier ministre voit une affaire locale se transformer en dossier judiciaire sensible.

Conflit d’intérêts présumé autour de la Cité numérique

Les faits dénoncés remontent à une convention d’objectifs pluriannuelle signée en juillet 2020. Édouard Philippe, alors président de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, et Stéphanie de Bazelaire, son adjointe chargée de l’innovation et présidente bénévole de l’association LH French Tech, en sont les principaux acteurs.

Seule candidate après un appel à manifestation d’intérêt, l’association LH French Tech, créée peu avant, devait percevoir 2,154 millions d’euros de compensation de service public pour animer la Cité numérique, dans le cadre d’un service d’intérêt économique général (SIEG). « Le conflit d’intérêts semble absolument évident », avait alerté à l’époque une haute fonctionnaire, directrice générale adjointe de septembre 2020 à avril 2023.

Elle soulignait que « le maire et son adjointe » allaient « avoir la main sur des sommes considérables » pour « des activités qui peuvent concerner ses fonctions à la ville ».
Cette lanceuse d’alerte, qui a obtenu ce statut en janvier 2025 (contesté par Édouard Philippe), avait d’abord signalé les faits au PNF en septembre 2023. Une enquête préliminaire avait suivi, avec perquisitions en avril 2024, avant une plainte avec constitution de partie civile en juin 2025.

Le PNF a pris un réquisitoire introductif le 7 mai 2026 pour saisir un juge d’instruction. L’association a été placée en liquidation judiciaire en 2023. La lanceuse d’alerte avait dénoncé une « opacité » dans la gestion, un « très faible niveau d’activité » et des salaires élevés pour un personnel polyvalent. Après ses signalements, elle affirme avoir été écartée et harcelée moralement, son contrat n’ayant pas été renouvelé.

La plainte évoque également un possible « pacte » entre Édouard Philippe et son adjointe, caractérisé par un soutien en contrepartie de la gestion du tiers-lieu. Contacté, l’entourage d’Édouard Philippe a réagi avec sérénité : « Il prend acte de l’ouverture d’une information judiciaire. Il l’apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice comme il l’a toujours fait de façon très sereine ». Son avocat n’a pas souhaité commenter.

Le maire d’Angers Christophe Béchu, soutien de l’ancien Premier ministre et lui-même déjà mis en cause dans une affaire de gestion d’argent public avec le parc à thème Terra Botanica, estime de son côté : « Il n’y a rien de nouveau. Quand vous vous constituez partie civile, il y automatiquement un nouvel acte de procédure ».

Cette affaire pourrait avoir des conséquences pour le candidat Horizons donné en tête parmi les candidats du centre tandis que ses soutiens y voient une manœuvre politique.

L’enquête devra désormais établir si les faits sont avérés ou s’il s’agit, comme le contestent les mis en cause depuis le début, d’une interprétation erronée de procédures administratives.