Dans la nuit du 11 au 12 mai, les sénateurs ont rejeté par 151 voix contre 118 l’article 2, pilier du texte instaurant un « dispositif d’assistance médicale à mourir ». Le nouveau rejet de l’euthanasie par le Sénat français, après un premier vote similaire en janvier, met en lumière les réticences persistantes face à une légalisation jugée précipitée, alors que de nombreuses voix appellent à investir massivement dans les soins palliatifs.
Face à cette impasse, la commission des affaires sociales a supprimé les articles suivants, jugeant le texte inapplicable. Les sénateurs ont en revanche adopté définitivement le volet renforçant l’accès aux soins palliatifs.
« Nous voulions qu’un texte sorte du Sénat pour revenir sur celui extrêmement permissif de l’Assemblée nationale. Cela n’a pas été possible, mais nous avons voté à la quasi-unanimité un texte sur les soins palliatifs. L’urgence est là. Il faut maintenant mettre des moyens à la hauteur des besoins pour soulager les patients. La mort peut attendre », a déclaré la rapporteure LR Christine Bonfanti-Dossat.
Ce rejet reflète les divisions profondes qui traversent tous les groupes politiques. Bruno Retailleau, président du groupe LR, a défendu le serment d’Hippocrate : « Ce que vous proposez, c’est le renversement du serment d’Hippocrate qui remonte à vingt-quatre siècles. » Il a par ailleurs dénoncé « cette loi [qui] ne fait pas consensus, ni au plan législatif, ni au plan médical ».
De l’autre côté, les socialistes et communistes ont regretté un « rendez-vous manqué », tandis que des sénateurs de droite et du centre ont exprimé leur opposition de principe à l’euthanasie et au suicide assisté. L’ancienne ministre macroniste et députée Agnès Pannier-Runacher a ainsi appelé de ses vœux « que le Parlement aille au bout de ce processus de dignité, en adoptant également le texte sur l’aide à mourir ».
Une posture critiquée par l’éditorialiste Erwan Le Morhedec : « On vous assomme d'éléments de langage primaires qui nient le réel. »
De son côté, le sénateur Stéphane Ravier a relayé son signalement visant l’association pro-euthanasie ADMD pour des soupçons de fraude fiscale liés à l’émission irrégulière de reçus fiscaux pour des activités de lobbying.
D’autres voix, comme celles de collectifs de personnes handicapées, ont alerté sur les risques d’une banalisation de la mort médicalisée pour les plus vulnérables, qui pourraient se sentir « éligibles » par défaut de véritables alternatives de vie digne.
Une commission mixte paritaire devrait désormais se réunir, alors que le Sénat envoie un signal clair d’opposition et ouvre la voie à de nouvelles confrontations politiques.