« On ne devrait pas, en plein après-midi, dans un quartier de Nice, être assassiné par des barbares », a déclaré, ce 12 mai sur le plateau de BFM Côte d’Azur, le maire de Nice Éric Ciotti, au lendemain d’une fusillade sur fond de trafic de drogue qui a fait au moins deux morts et six blessés dans la cité azuréenne.
La scène s’est déroulée au beau milieu de l’après-midi. « Un individu qui arrive en trottinette, qui va traverser la place des Amaryllis en trottinette, qui va ouvrir le feu à plusieurs reprises », a décrit aux journalistes le procureur de Nice, Damien Martinelli, et « qui va repartir en trottinette et qui va être pris en charge par un véhicule dans lequel il va prendre la fuite ».
Selon la même source, les deux personnes décédées, âgées de 39 et 57 ans, n’étaient pas liées au trafic de stupéfiants. Trois des six blessés sont connus des services de police. Une enquête a été ouverte pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs. La presse locale a rapporté que la voiture — ainsi que la trottinette du tireur — « ont été retrouvées dans les heures qui ont suivi, incendiées, à l’ouest de Nice ». Le tueur et son complice, à l’heure où nous écrivons ces lignes, sont toujours recherchés.
« On a l’impression d’assister à une “marseillisation” de la métropole niçoise. Nous avons maintenant à Nice des morts à une heure d’affluence, c’est un niveau que l’on n’avait jamais atteint », avait fustigé auprès des journalistes, dans la foulée du drame, Laurent Martin de Frémont, secrétaire départemental du syndicat de police Unité SGP.
« J’ai vécu deux guerres en Tchétchénie, je suis arrivé en France et j’ai peur pour mes enfants qui sont nés en France », déclarait à Éric Ciotti l’un des habitants de ce quartier de 8 000 habitants, proche de l'autoroute et gangrené par le trafic de drogue, dans une séquence captée par une équipe de la chaîne française.
La France en passe de devenir un narco-État ?
« Les Moulins sont devenus l’un des quartiers les plus violents, au prorata de la population, en France », a affirmé Françoise Souliman, première adjointe à la sécurité au maire de Nice, citée par Le Point, estimant qu’« il manque 200 policiers nationaux » dans la ville. Sur le plateau de BFM Côte d’Azur, celle-ci a annoncé l’ouverture, « dans les prochains jours », d’un bureau de police municipale dans le quartier.
Ce dernier a, rappelait la presse régionale et nationale, été le théâtre de plusieurs drames similaires. En juillet 2024, sur fond de guerre du narcotrafic, sept personnes issues d’une même famille — et « totalement étrangères » à toute forme de trafic, selon le parquet de Nice — avaient été tuées dans un incendie criminel. Plus récemment, en octobre 2025, une fusillade, déjà place des Amaryllis, avait fait deux morts et cinq blessés.
« Le quartier est tenu par des étrangers en situation irrégulière. On les attrape 20 fois par semaine, mais ils ressortent. La justice ne fait pas son boulot », a témoigné ce 12 mai auprès de RMC un policier, renvoyant à une situation observée dans d’autres quartiers à travers la France.
« Le retard de la République, c’est d’avoir considéré cela pendant longtemps comme une sorte de délinquance des quartiers, avec des petits jeunes qui sont perdus, alors que ces gens ont la volonté de devenir des vraies mafias », a déclaré sur le même plateau l’éducateur Abel Boyi, percevant un « manque de professionnalisme » de ces criminels que la puissance publique se doit d’exploiter rapidement. « Dans 10 ans, soit la France est un narco-État, soit on aura réussi à sauver les meubles », a-t-il estimé.