L’ouverture d’une information judiciaire en France contre Elon Musk marque une nouvelle escalade dans les investigations ouvertes en janvier 2025 contre le réseau social X. Le patron américain avait refusé de se rendre à une convocation quelques semaines plus tôt.
Le parquet de Paris a franchi un cap significatif le 7 mai en ouvrant une information judiciaire contre Elon Musk, la société X Corp., ainsi que xAI et Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de la plateforme.
Les juges d’instruction sont désormais saisis du dossier, avec réquisitions de mise en examen et convocation des intéressés. Cette procédure fait suite à l’absence d’Elon Musk à son audition libre du 20 avril.
« L’enquête a donc démontré qu’il y avait matière à poursuites », s’est félicité Éric Bothorel, député Renaissance à l’origine de signalements contre X.
L’enquête, confiée à l’unité nationale cyber de la gendarmerie, porte sur plusieurs infractions présumées : complicité de détention et de diffusion d’images pédopornographiques, atteinte à la représentation de la personne via des deepfakes sexuels générés par Grok, contestation de crimes contre l’humanité — notamment à travers des propos contestant les thèses officielles sur la Seconde Guerre mondiale relayés par l’IA — ainsi qu’administration présumée d’une plateforme illicite. Les enquêteurs ont notamment relevé une baisse drastique des signalements de contenus pédopornographiques en France après des modifications des outils de détection.
X a vivement contesté ces investigations, dénonçant un « détournement de procédure » et une atteinte à la liberté d’expression. Elon Musk, de son côté, a qualifié les magistrats français d’« attardés mentaux » et la procureure de Paris de « marionnette des ONG d’extrême gauche ». Sur X, les réactions se sont multipliées. L’ancien patron de Sud Radio, Didier Maïsto, s’est inquiété d’« une France sur une pente dangereuse […] Hier Durov, aujourd’hui Musk », évoquant « le symptôme d’un étranglement systématique des libertés publiques ».
À l’inverse, plusieurs élus de la majorité ont salué cette avancée. Arthur Delaporte (PS) a notamment loué « le travail des enquêteurs et magistrats dans ce dossier complexe et sensible », ajoutant : « La France respecte la législation étrangère et souhaite que les règles établies en France, comme en Europe, par un processus démocratique, s’appliquent ici. Ni plus, ni moins. »
L’affaire illustre les tensions croissantes entre la justice française et les grandes plateformes américaines sur la modération des contenus. Après une perquisition des locaux parisiens de X en février 2026, le parquet entend faire respecter la législation française sur son territoire, y compris concernant les outils d’intelligence artificielle comme Grok. Le dossier, mêlant souveraineté numérique, protection des mineurs et liberté d’expression, devrait désormais avancer sous l’autorité d’un juge d’instruction.