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Nouvelle-Calédonie : Lecornu fixe les provinciales au 28 juin et élargit le corps électoral

Le Premier ministre a tranché : les élections provinciales se tiendront le 28 juin avec un corps électoral élargi aux natifs nés après 1998 et à leurs conjoints. Une décision qui clôt une longue impasse institutionnelle mais suscite le mécontentement des indépendantistes et des loyalistes.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a officialisé le 7 mai une date attendue depuis des mois : les élections provinciales, scrutin le plus important de l’archipel, auront lieu le 28 juin. Il propose par ailleurs d’élargir le corps électoral « gelé » depuis 2007 aux personnes nées en Nouvelle-Calédonie après 1998, soit environ 11 000 électeurs supplémentaires, ainsi qu’à leurs conjoints.

« C’est un petit pas. Mais c’est le début d’un chemin », a déclaré Sébastien Lecornu dans un message vidéo adressé aux Calédoniens et posté le 8 mai à l’heure calédonienne. Il présente cette mesure comme un « ajustement » et non un dégel complet du corps électoral, jugé impossible faute de majorité à l’Assemblée nationale pour une révision constitutionnelle.

Cette annonce intervient après le rejet par les députés du projet de loi constitutionnelle issu de l’accord de Bougival. Le gouvernement opte pour une loi organique afin de respecter les délais serrés : le Sénat examinera le texte dès le 12 mai. Les réactions ont été immédiates et majoritairement critiques.

Sur X, la présidente du groupe RN à l’Assemblée, Marine Le Pen, s’est félicitée que « le gouvernement assume, enfin, ses responsabilités » et que « le jeu démocratique puisse dégager une nouvelle majorité ».

À l’inverse, Sonia Backès, figure loyaliste et présidente de la province Sud, a jugé cette ouverture « largement insuffisante » et « démocratiquement inacceptable ».

Du côté indépendantiste, le FLNKS, vent debout contre les accords de Bougival, a dénoncé un « passage en force » de l’État en dehors de tout accord politique global, même s’il exclut pour l’instant un boycott du scrutin.

Le corps électoral reste un sujet hautement inflammable, à l’origine des émeutes de 2024. Les indépendantistes y voient un risque de « dilution » du vote kanak, tandis que les loyalistes estiment que l’élargissement proposé reste trop timide.

Malgré les divisions, Sébastien Lecornu a insisté sur la nécessité d’avancer. Il a prévenu que « le statu quo enferme » et pouvait devenir « le ferment, demain, de la violence ». Il prévoit de reprendre les négociations dès juillet, après les provinciales, avec l’objectif de consulter les Calédoniens sur un futur statut.

Cette séquence marque un retour progressif à la normale démocratique dans un archipel encore marqué par les tensions. Les prochaines semaines, au Parlement et sur le terrain, détermineront si ce « petit pas » permettra réellement de relancer le dialogue.