C'est une querelle qui se joue à bas bruit mais dont les échos résonnent jusqu'au sommet de l'État. À Saint-Denis, le maire Bally Bagayoko, élu de La France insoumise, a décroché sans tambour ni trompette le portrait du président français Emmanuel Macron. Il l'a déposé dans un coin de son bureau, comme on range un objet dont on ne sait plus très bien quoi faire. Un geste simple qui a pourtant déclenché une réaction immédiate du préfet de Seine-Saint-Denis, Julien Charles. Ce dernier l'a invité à revenir sur sa décision, au nom de la « tradition républicaine ».
Toutefois, Bally Bagayoko a répété qu'il ne voulait pas de ce portrait chez lui, dans cette maison du peuple qu'est la mairie. Il ne s'agit pas d'un caprice d'élu, mais d'un désaveu politique envers un président dont il ne partage ni la ligne ni les méthodes, et envers un préfet qu'il soupçonne de se transformer en surveillant zélé plutôt qu'en garant impartial de la loi.
Car sur le strict plan juridique, la cause est entendue. La préfecture elle-même l'admet avec franchise : aucune obligation légale n'impose d'accrocher le portrait du chef d’État dans un bureau de maire. L'article 72 de la Constitution donne certes au préfet la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif et du respect des lois. Mais en quoi une photographie décrochée menace-t-elle les intérêts de la nation ? On peine à l'imaginer.
D'ailleurs, si l'on veut être pointilleux sur les symboles, ouvrons plutôt l'article 2 de la Constitution. Il y est question du drapeau tricolore, de l'hymne national et de la devise. Pas du portrait. Celui-ci n'est qu'une effigie temporaire : l'image d'un homme élu pour un temps, non l'incarnation éternelle des institutions.