Face à la flambée des prix de l’énergie liée à la guerre contre l’Iran, les économistes de l’Observatoire français des conjonctures économiques dressent un tableau particulièrement sombre pour le portefeuille des ménages. Les ménages français pourraient connaître un niveau de consommation équivalent à celui de 2013, alors que le sujet est l’une des préoccupations premières dans l’opinion.
Un choc pétrolier et budgétaire sans amortisseur
Dans son scénario central, l’OFCE table sur une croissance limitée à 0,8 % cette année, proche des prévisions de la Banque de France. Mais le regain d’inflation, alimenté par un baril à 91 dollars en moyenne, coûterait 0,2 point de PIB. « Les salaires réels stagnent, les prestations sociales seront revalorisées avec retard », explique Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision et ancien soutien de François Hollande.
Privé de marge de manœuvre budgétaire, le gouvernement ne prévoit aucun dispositif d’urgence pour amortir la hausse des factures d’énergie, notamment du prix de l’essence, qui a atteint le même niveau qu’en 1985. Interrogé au Sénat le 9 avril, le ministre de l’Économie Roland Lescure a réaffirmé son refus d’encadrer les prix des hydrocarbures : « L'encadrement des prix : soit les prix montent, soit vous organisez la pénurie. »
Conséquence directe de la hausse des factures d’énergie : la consommation stagnera, tout comme l’investissement des entreprises, au moins jusqu’à l’automne. Les ménages puiseront dans leur épargne, dont le taux devrait baisser d’un point pour atteindre 16,9 %. « Ce serait le plus mauvais chiffre depuis 2013 », insiste l’institut. Le chômage, lui, remonterait à 8,3 % fin 2026, avec près de 170 000 emplois salariés détruits dans le secteur marchand.
L’économiste Emmanuel Lechypre confirme l’ampleur inédite du recul. De son côté, l’éditorialiste François Lenglet souligne, sur BFMTV, que cette contraction serait « plus significative qu’en 2013 », rappelant que les Français devront arbitrer sévèrement leurs dépenses dans les prochains mois.
L’OFCE prévient aussi que, en cas d’escalade prolongée au Moyen-Orient, la croissance pourrait chuter à 0,4 %, au risque d’une récession technique. Pour l’heure, le scénario retenu reste celui d’un choc « marqué mais temporaire ». Reste que, sans filet de protection, le pouvoir d’achat des Français s’annonce comme le grand perdant de l’année 2026.