L’ancien chef de l’État, déjà incarcéré vingt jours à l’automne 2025, entame un nouveau marathon judiciaire de trois mois. Son équipe d’avocats, renforcée, entend déconstruire le jugement de première instance.
Un faisceau d’indices toujours âprement discuté
Dès l’ouverture de l’audience, la salle de la première chambre de la Cour d’appel de Paris était comble. Nicolas Sarkozy s’est installé au premier rang aux côtés de ses défenseurs. Me Christophe Ingrain et un nouveau venu, Me Sébastien Shapira, ont pour mission de contester point par point les éléments retenus en septembre 2025. Trois associations anti-corruption (Sherpa, Anticor, Transparency International) sont parties civiles.
Ses anciens ministres Brice Hortefeux et Éric Woerth étaient présents ; Claude Guéant, absent pour raisons de santé, fera l’objet d’une expertise médicale.
Le président Olivier Géron a entamé un long rappel des faits, qu'il a lui-même qualifié de « fastidieux ». La note de Mediapart de 2012, les virements de Ziad Takieddine (décédé en 2025), les rencontres secrètes de Claude Guéant et Brice Hortefeux avec Abdallah Senoussi en 2005 et 2006, les contreparties présumées (nucléaire, sécurité, levée de la notice rouge Interpol) : tout va être repassé au crible. « Tout le monde venait chercher son enveloppe », avait déclaré une témoin lors de l’instruction à propos des primes en liquide. L’avocate de l’association Anticor Claire Josserand-Schmidt déplore : « Quand les victimes sont dans la salle, il se montre parfaitement empathique. Évidemment, le traitement qu'il en fait dans les médias et ses livres est totalement différent ».
L’accusation maintient qu’un pacte corruptif a été scellé, la défense martèle de son côté l’absence de preuve matérielle et l’opacité des flux.
Le débat sur les contreparties économiques et diplomatiques, les versions changeantes de Takieddine et le témoignage posthume de Choukri Ghanem occuperont les semaines à venir. La décision est attendue le 30 novembre.