France

Vol du Louvre : le musée est devenu un «État dans l’État», selon une commission d’enquête

Quatre mois après le vol spectaculaire de huit bijoux de la couronne française, la commission d’enquête parlementaire sur la sécurité des musées dénonce des «défaillances systémiques» au Louvre et appelle le ministère de la Culture à «reprendre la main» sur sa gestion, estimant que le musée est devenu un «État dans l’État».

La commission d’enquête de l’Assemblée nationale, lancée en janvier 2026 pour évaluer la sécurité dans les musées français, a rendu un bilan intermédiaire accablant pour le Louvre ce 19 février. Après 70 auditions, elle dénonce une chaîne de dysfonctionnements ayant permis le cambriolage, révélant un « déni des risques » et un pilotage défaillant.

Des défaillances systématiques et une hyper-présidence pointées du doigt

Le président de la commission, le député LR Alexandre Portier, a qualifié le vol de « révélateur d’une défaillance systémique » lors d’une conférence de presse, insistant sur le fait que « le Louvre est devenu un État dans l’État ». Il critique un syndrome d’« hyper-présidence » sous la direction de Laurence des Cars, fragilisée par l’affaire, et s’étonne de son maintien en poste : « La liste de défaillances aurait déjà conduit dans pas mal de pays à un départ depuis longtemps ».

Le rapporteur Alexis Corbière (ex-LFI) renchérit, dénonçant un goût pour « l’événementiel et l’éphémère » au détriment de la sécurité et des travaux de modernisation.

Le ministère de la Culture, autorité de tutelle, est également visé pour sa « dérive » dans la gestion du musée. Alexandre Portier appelle Rachida Dati à « reprendre la main » pour remédier aux failles.

La ministre sera auditionnée lundi, tandis que Laurence des Cars le sera mercredi. La commission, constituée début décembre 2025, rendra ses conclusions début mai 2026. Le média spécialisé La Tribune de l’art s’est félicité du rôle de la Commission d'enquête et de ses acteurs qui « démontrent que sur des sujets transpartisans, il est possible de s'entendre, malgré les différences ».

Parmi les sujets épineux, le projet Louvre Nouvelle Renaissance (LNR), annoncé par le président de la République en janvier 2024 pour 800 millions d’euros, visant à accueillir 12 à 15 millions de visiteurs par an. Alexis Corbière exprime ses doutes : « Je ne suis pas convaincu de la nécessité de ce geste présidentiel, alors qu’aujourd’hui toutes les salles ne sont pas ouvertes ». Il rappelle également que « nombre d'œuvres significatives sont rangées dans les coffres-forts des [établissements culturels] pour éviter qu'il y ait un cambriolage ».

Parallèlement aux critiques politiques, les salariés du Louvre maintiennent leur mobilisation depuis mi-décembre 2025 pour de meilleures conditions de travail. Ce jeudi, le musée a ouvert partiellement, sans grève votée, mais les tensions persistent. La commission souligne que ces dysfonctionnements internes ont contribué au « déni des risques », exposant les trésors nationaux à des menaces évitables.