Dans un rapport exhaustif publié après trois ans d’analyse de plus de 3 000 études scientifiques, l’Anses souligne les dangers potentiels du vapotage, évoquant les risques cardiovasculaires, respiratoires et potentiellement cancérogènes, même sans nicotine. L’institution confirme également son rôle limité comme aide transitoire au sevrage tabagique mais insiste sur son caractère moins nocif que le tabac pour la santé.
L’agence identifie des effets « probables » sur le système cardiovasculaire, tels qu’une augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle, réversibles à l’arrêt mais préoccupants à long terme. Sans nicotine, des altérations vasculaires persistent.
Sur le plan respiratoire, un risque « possible » de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et d’inflammations pulmonaires est relevé, avec des cas de syndrome de détresse respiratoire aiguë liés à des mésusages, comme observés aux États-Unis en 2019-2020.
Concernant la cancérogenèse, des modifications biologiques compatibles avec les premières étapes d’un cancer sont notées, sans preuve formelle à ce stade en raison du recul insuffisant dans un contexte de diminution du nombre de fumeurs en France.
Des risques identifiés malgré l’absence de combustion
« L’absence de combustion n’empêche pas la présence d’aldéhydes dans les émissions du vapotage », précise le rapport, contredisant une idée reçue. Ces substances, irritantes et potentiellement cancérogènes, posent un risque « non négligeable », amplifié par les préparations maison pratiquées par 15 % des vapoteurs.
Pour les femmes enceintes, l’exposition in utero entraîne des effets délétères sur le développement cardiovasculaire et respiratoire du fœtus, avec ou sans nicotine. L’agence alerte sur la banalisation chez les jeunes : un tiers des vapoteurs de 13-17 ans n’ont jamais fumé, motivés par l’effet de mode et les arômes fruités. Plus de 3 millions d’adultes vapotent quotidiennement en France, dont 59 % depuis plus de deux ans, et 61 % combinent avec le tabac, contredisant l’usage transitoire recommandé.
Le tabacologue Bertrand Dautzenberg a commenté l’étude, évoquant « un rapport scientifique de qualité, donc nuancé, séparant les certitudes et les hypothèses » et dénonçant le traitement médiatique à charge de la vapoteuse.
De son côté, la Fivape, qui représente la filière vapoteuse en France, dénonce la « désinformation » sur le sujet et rapporte que si « la majorité de la population française croit que le vapotage est aussi ou plus dangereux que le tabac […], l’agence affirme que cette perception va à l’encontre des conclusions de son expertise ».
L’Anses plaide pour un encadrement strict : interdire la promotion, appliquer l’interdiction aux mineurs, informer sur les risques et restreindre les ingrédients toxiques. Elle recommande d’éviter les mésusages comme les « dry hits », c’est-à-dire aspirer alors que la résistance n’est pas suffisamment imbibée en e-liquide, et d’inscrire le vapotage dans une stratégie de sevrage accompagnée, sans en faire un produit banalisé.
Face à une consommation ancrée, de 35 mois en moyenne, l’agence appelle à changer de paradigme pour appliquer le principe de précaution dans un marché de la fumée bouleversé par la contrebande du tabac et le développement au cours de la dernière décennie de la vapoteuse.