En France, un rapport accablant de la Cour des comptes met en lumière les failles d’un plan ambitieux mais mal calibré, initié par le président Emmanuel Macron pour revitaliser la gendarmerie nationale. La Cour propose des ajustements pour éviter un délabrement menaçant l’efficacité opérationnelle de la gendarmerie.
Un maillage territorial inadapté
La Cour des comptes dresse un constat alarmant sur l’implantation de la gendarmerie en métropole. Couvrant 95 % du territoire pour près de la moitié de la population, le réseau s’effiloche depuis des décennies. Entre 2005 et 2015, 376 brigades ont été dissoutes, laissant 10 % des 2 937 unités restantes sans effectifs suffisants. Parmi les brigades de proximité, un quart n’atteint pas le seuil minimal de six gendarmes, rendant leur fonctionnement précaire.
Parallèlement, les mutations démographiques aggravent la situation. La population en zone gendarmerie a crû de 9 % entre 2005 et 2023, tandis que les effectifs en brigades stagnent. La délinquance évolue : violences intrafamiliales, trafics de stupéfiants et porosité entre zones rurales et urbaines exigent une adaptation que le modèle historique de petites brigades polyvalentes peine à fournir. « Le modèle territorial de la gendarmerie nationale : l’urgence d’une adaptation », tel est le titre du rapport, qui appelle à une refonte urgente.
Des créations jugées mal ciblées
L’annonce macronienne de 239 nouvelles brigades et 2 049 postes en 2023 semblait prometteuse. Pourtant, les 72 premières unités créées en 2024 ont été implantées majoritairement dans des départements déjà bien dotés, comme dans le Nord, où une brigade a vu le jour à seulement cinq minutes d’une autre. La Cour critique une concertation limitée, réduite à un choix entre le ministère de l’Intérieur et l’Élysée, ignorant les besoins réels. Résultat : ces créations « n’ont pas permis de renforcer la présence de la gendarmerie nationale au sein des zones urbaines et périurbaines, qui présentent aujourd’hui les plus forts niveaux de tension ».
Le ministère de l’Intérieur balaie ces critiques d’un revers, arguant que le plan vise à « renforcer la présence territoriale des forces de l’ordre » au-delà d’un simple rééquilibrage.
La Cour recommande pourtant de suspendre les créations pour consolider les brigades existantes, supprimer les plus petites et diversifier les contacts avec le public via des visio-plaintes ou des rencontres hors les murs. Sans ces ajustements, le risque de dispersion des ressources persiste, menaçant l’efficacité opérationnelle face à une délinquance en mutation. Pour Emmanuel Macron, un revers de cette relance de la gendarmerie s’ajouterait à celui déjà essuyé avec le Service national universel.