France

Explosion des trafics au sein du marché de l’art en France

Une note confidentielle de Tracfin, révélée le 2 février, alerte sur une hausse de 112% des signalements de trafics illicites dans le marché de l’art en France en trois ans. Blanchiment d’argent, financement du terrorisme et escroqueries explosent, profitant de l’opacité des transactions internationales.

Ce rapport accablant du service de renseignement financier met en lumière l’explosion des pratiques illicites au cœur du secteur artistique français, où les œuvres d’art servent de vecteur idéal pour dissimuler des fonds criminels, avec une vulnérabilité élevée au blanchiment et modérée au financement terroriste.

Un secteur vulnérable aux mafias et terroristes

Le marché de l’art, avec ses valorisations subjectives, ses intermédiaires opaques et sa dimension globale, est devenu un terrain propice aux criminels. Selon Tracfin, les signalements ont bondi à 1 109 en 2024, contre 523 en 2021, impliquant des montants colossaux, comme 538 millions d’euros en 2022. Les pillages en zones de conflit, tels que celui du musée national de Khartoum en 2023 par les Forces de soutien rapide, alimentent ces trafics.

Des antiquités soudanaises, dont une « Chambre d’or » inestimable, sont revendues pour financer du terrorisme via des armes, souvent stockées dans des ports francs comme ceux de Genève.

En France, Tracfin identifie des cas types : abus de biens sociaux, où des dirigeants d’entreprises achètent des œuvres sur fonds « corporate » pour usage personnel ; escroqueries à l’art africain, avec de faux certificats d’authenticité menant à des préjudices de 600 000 euros ; ou blanchiment via des ventes en cascade de contrefaçons.

Un exemple : un négociant importait des faux tableaux au prix de 1 000 euros, les revendant jusqu’à 800 000 euros via des galeries complices.

Le financement du terrorisme est aussi pointé, avec des œuvres pillées revendues pour soutenir des groupes armés. Europol a démantelé un réseau balkanique en 2025 et saisi 3 000 objets antiques. En France, les vols comme celui du Louvre en octobre 2025 restent non élucidés.

Malgré les obligations de vigilance, les négociants d’art ne représentent que 1 % des signalements, contre 80 % pour les banques. Tracfin appelle à une coopération renforcée alors que le marché mondial, évalué à 70 milliards de dollars, pourrait être surévalué de 20 % par le blanchiment, avec 30 % de transactions illicites selon un rapport sénatorial.