En France, un rapport de la Cour des comptes, saisie par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, dresse un constat sévère sur l’évolution de la lutte contre ce cancer, responsable de 61 214 nouveaux cas en 2023 et de plus de 12 000 décès annuels. Malgré des avancées, les dépenses de l’Assurance-maladie ont explosé à 4,7 milliards d’euros en 2023, contre 2,8 milliards en 2015, pour un nombre de patientes en hausse modérée de 6 %.
Un dépistage organisé en perte de vitesse et des inégalités persistantes
Le dépistage organisé, généralisé depuis 2004 pour les femmes de 50 à 74 ans et pris en charge à 100 %, voit sa participation chuter à 44 % en 2024, contre 52,3 % en 2011, bien en deçà de celle des voisins européens, dans un contexte de progrès scientifiques qui laissent entrevoir des avancées, notamment grâce au développement de l’intelligence artificielle.
Les rapporteurs soulignent la concurrence d’un dépistage individuel, moins qualitatif, sans double lecture systématique, et souvent marqué par des dépassements d’honoraires, qui accélèrent les rendez-vous au détriment de l’équité. « Sont régulièrement signalés des cas de femmes bénéficiant d’un accès bien plus rapide à une mammographie de dépistage, moyennant le paiement d’honoraires en dépassement », notent-ils.
Des disparités territoriales aggravent la situation : dans des régions comme le Centre-Val de Loire ou la Bretagne, les délais d’attente et l’éloignement des centres freinent l’accès, particulièrement pour les femmes vulnérables ou en zones rurales.
La Cour recommande d’interdire ces dépassements pour les actes liés au dépistage organisé et de rendre obligatoire la participation des centres d’imagerie à ce programme, potentiellement via la prochaine loi de financement de la Sécurité sociale.
La qualité des soins chirurgicaux est aussi critiquée : un établissement sur dix ne respecte pas le seuil minimal de 70 séjours annuels, malgré les preuves d’une meilleure survie en centres à haut volume. La Cour plaide pour un relèvement à 150 séjours, ce qui allongerait les trajets moyens de 18 à 27 minutes, mais favoriserait l’expertise. Les chimiothérapies pourraient rester locales.
L’après-cancer, angle mort du système
Enfin, l’après-cancer reste lacunaire : les séquelles physiques et psychologiques persistent chez la majorité des patientes cinq ans après, avec un reste à charge moyen de 1 549 euros.
La Cour appelle à rendre obligatoire le programme personnalisé d’après-cancer dès 2027, à déployer l’activité physique adaptée et à combler les inégalités sociales, pour une prise en charge plus équitable et efficace, dans un contexte de crise de l’hôpital dans le pays.