France

À Dreux, la droite fragmentée face à l’ombre persistante du RN

À l’approche des municipales, Dreux voit la droite se fracturer sur fond de soupçons de rapprochement avec le RN. Le maire sortant rompt avec LR, tandis qu’une candidature concurrente se structure autour du refus des extrêmes. Dans ce paysage éclaté, la gauche espère profiter des divisions pour rebattre les cartes.

Ville symbole de l’alliance fondatrice entre la droite et l’extrême droite en 1983, Dreux aborde les municipales dans un climat politique profondément recomposé. Longtemps érigée par Jean-Marie Le Pen en matrice du Front national, la commune voit aujourd’hui le Rassemblement national avancer masqué. À quelques semaines du scrutin, son implantation locale reste incertaine, nourrissant autant les calculs que les inquiétudes des autres forces politiques.

Si le RN ne pèse plus électoralement comme par le passé, éliminé dès le premier tour en 2020, il continue de structurer les débats. La crainte de rapprochements au second tour a provoqué une onde de choc à droite.

Un RN qui sème la zizanie

Le maire sortant, Pierre-Frédéric Billet, a rompu publiquement avec Les Républicains, dénonçant une dérive idéologique de son parti et invoquant un héritage gaulliste et chiraquien qu’il juge trahi. Une prise de position aussitôt désavouée par les instances départementales, qui ont refusé de lui accorder l’investiture.

Cette rupture illustre l’émergence de deux lignes antagonistes au sein de la droite locale. Face au maire sortant se dresse désormais Abdel-Kader Guerza, ancien haut fonctionnaire, qui se présente comme l’homme du rassemblement républicain « hors extrêmes ». Sa candidature, soutenue par l’appareil LR, met en avant un discours d’ordre, de cohésion sociale et de redressement d’une ville qu’il décrit fragilisée.

La campagne s’annonce rude. Pierre-Frédéric Billet défend un bilan axé sur l’investissement, la relance commerciale et les grands projets urbains, malgré une gestion financière sous surveillance et une majorité municipale fissurée. À gauche, plusieurs listes, de LFI à des formations citoyennes, pourraient tirer profit de ces divisions, dans une ville où les équilibres électoraux restent instables. À Dreux, l’histoire politique continue de peser lourdement sur le présent.