Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, tire la sonnette d’alarme sur la trajectoire des finances publiques. Dans une interview accordée à Ouest-France, il déplore que le déficit prévu dans le projet de loi de finances pour 2026 demeure trop élevé.
« J’aurais souhaité une réduction plus forte », affirme-t-il, tout en estimant qu’« il va falloir effectivement respecter » le seuil des 5 % inscrit dans le texte. En 2025, le déficit s’élevait déjà à 5,4 % du PIB. Le gouverneur avertit : au-delà de ce niveau, la France « se met en danger ».
S’il salue une croissance légèrement positive – estimée à 0,9 % pour 2025 et autour de 1 % pour 2026 – ainsi qu’une inflation repassée sous les 1 %, François Villeroy de Galhau rappelle que ces signaux ne suffisent pas à dissiper les inquiétudes. L’économie française reste pénalisée par une incertitude politique persistante et un environnement international de plus en plus instable.
L’Europe sommée de s’émanciper des puissances étrangères
Au-delà de la situation française, c’est l’avenir économique de l’Union européenne qui préoccupe le gouverneur. Il appelle l’Europe à reprendre en main son destin, dans un monde dominé par les tensions entre blocs. Il cite notamment les menaces de droits de douane brandies récemment par le président américain Donald Trump.
Selon lui, l’Europe ne peut plus se contenter de subir. Elle doit renforcer son autonomie stratégique, notamment vis-à-vis des États-Unis et de la Chine : « L’Europe doit être capable de créer un rapport de force pour se défendre. Mais surtout, elle doit se réveiller ».
Le gouverneur appelle à sortir d’une posture attentiste : « Moins parler de M. Trump », dit-il, et davantage mobiliser les atouts européens. Il insiste sur la nécessité « d’agir plus vite, plus clair, plus fort » pour « muscler l’Europe ».
Trois leviers seraient, selon lui, prioritaires : une meilleure intégration du marché intérieur, une mobilisation plus efficace de l’épargne et un effort accru en matière d’innovation. Il met en garde contre l’excès de complexité réglementaire : « N’ambitionnons pas d’être les champions du monde de la complexité des normes. »
Mercosur et épargne, deux leviers pour renforcer l’Europe
François Villeroy de Galhau revient également sur la contestation du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, actuellement porté devant la Cour de justice de l’UE par le Parlement européen. Il reconnaît « une crise » dans certaines filières agricoles, mais refuse d’en attribuer la responsabilité à cet accord.
« Le traité n’est pas responsable de cette crise, et ne pas le signer ne serait pas un remède », affirme-t-il. Selon lui, il pourrait même « bénéficier à l’industrie française », ainsi qu’à certaines filières agricoles, comme les produits laitiers. Face aux pressions américaines, il estime qu’il est dans « l’intérêt de l’Europe de nouer d’autres alliances ».
Interrogé sur le niveau record de l’épargne des ménages français – près de 20 % de leur revenu disponible – le gouverneur plaide pour une meilleure orientation de ces ressources vers l’économie réelle. Il propose de développer des produits d’épargne à long terme, comme les plans d’épargne retraite ou les investissements en actions, qu’il juge plus rentables « dans la durée » que le livret A ou l’assurance-vie en euros.
À travers ces déclarations, François Villeroy de Galhau exprime une inquiétude partagée par les nombreux responsables économiques européens.