France

Budget 2026 de la France : un compromis politique au prix d’un dérapage assumé des comptes publics

Le gouvernement défend un budget 2026 présenté comme plus équilibré politiquement. Le compromis protège les ménages mais accroît fortement la contribution des grandes entreprises. Dépenses, déficit et dette augmentent, au prix d’une trajectoire budgétaire plus fragile.

Dans une lettre adressée mardi 20 janvier aux parlementaires, Sébastien Lecornu défend avec insistance la nouvelle mouture du budget 2026, sur laquelle le gouvernement a engagé sa responsabilité.

Le Premier ministre affirme que ce texte est « meilleur » que la version initiale présentée à l’automne, espérant ainsi dissuader les députés de soutenir les motions de censure déposées par la gauche et le Rassemblement national. L’exécutif mise notamment sur l’abstention annoncée des socialistes pour sauver la première partie du projet de loi de finances, consacrée aux recettes.

L'ire du Medef

Si cette étape est franchie, le gouvernement devrait rapidement recourir à nouveau au même outil constitutionnel pour faire adopter la partie « dépenses ». Le texte suivrait alors le circuit parlementaire classique, avec un passage au Sénat avant un retour à l’Assemblée, pour une promulgation espérée mi-février, bien au-delà du calendrier habituel. Reste une question centrale : ces longues négociations ont-elles réellement amélioré le budget ?

Le compromis conclu avec le Parti socialiste modifie l’équilibre de l’effort budgétaire. Les ménages, y compris les plus aisés, sont désormais épargnés par toute hausse d’impôt. En revanche, la contribution des entreprises, en particulier des grandes, est nettement alourdie. La surtaxe sur leurs bénéfices est presque doublée et l’allègement promis de la cotisation sur la valeur ajoutée est abandonné, suscitant l’ire du Medef. À prélèvements obligatoires constants, leur répartition est profondément revue.

Ces concessions ont un coût. Les dépenses publiques progresseront plus vite que prévu, portées par la revalorisation de certaines aides sociales, l’augmentation de la prime d’activité et la création de postes pour l’accompagnement des élèves handicapés. Pour contenir la dérive, l’État prévoit des économies ciblées sur la commande publique, les opérateurs de l’État et les collectivités, dont l’effort a toutefois été réduit sous la pression du Sénat.

Conséquence directe : le déficit public ne reculerait que modestement, à 5 % du PIB en 2026, et la dette continuerait de croître, alourdie par une charge d’intérêts en forte hausse. Un choix assumé par le gouvernement, mais qui nourrit les inquiétudes jusque dans ses propres rangs.