France

Ultrariches et impôt sur le revenu : le retour d’un tabou fiscal en France

Le débat sur la contribution fiscale des plus riches revient au premier plan avec le budget 2026. Des élus dénoncent l’optimisation via des holdings permettant à certains fortunés de ne payer aucun impôt sur le revenu. Faute de transparence et de réforme structurelle, la question de la justice fiscale reste entière.

À peine refermé par l’adoption d’une loi de finances spéciale fin 2025, le débat sur la contribution fiscale des plus riches ressurgit avec force à l’Assemblée nationale. En cause : une affirmation explosive de l’ex-ministre de l’Économie Éric Lombard, selon laquelle des « milliers » de contribuables parmi les plus fortunés afficheraient un revenu fiscal de référence nul et ne paieraient donc aucun impôt sur le revenu.

Une déclaration qui a ravivé les soupçons d’injustice fiscale et relancé les demandes de transparence adressées à Bercy. Dès la reprise de l’examen du budget 2026, le président de la commission des finances, Éric Coquerel (LFI), a exigé de l’administration fiscale l’ensemble des notes, analyses et chiffrages disponibles sur ces pratiques.

La chasse aux holding 

À gauche, communistes, écologistes et socialistes s’emparent du sujet, dénonçant l’opacité du ministère de l’Économie et plaidant pour une taxation plus ferme des grandes fortunes. Le thème est politiquement porteur : il renvoie à l’idée, largement partagée dans l’opinion, que l’impôt perdrait sa progressivité au sommet de l’échelle des revenus.

Au cœur de la polémique se trouve un mécanisme légal mais controversé : l’utilisation de holdings patrimoniales. Ces structures permettent à des professions très rémunératrices – médecins spécialistes, avocats d’affaires, financiers ou sportifs – de loger revenus et dividendes dans des sociétés, n’en sortant que des montants limités, parfois nuls, pour leur rémunération personnelle. Résultat : une base taxable réduite à l’extrême, voire inexistante. Si ces pratiques relèvent de l’optimisation fiscale, elles interrogent sur l’équité du système.

Bercy se retranche derrière le secret fiscal et refuse de communiquer des données précises. Officiellement, les statistiques montrent pourtant que les plus hauts revenus contribuent largement à l’impôt : les 0,1 % les plus riches acquittent environ 14 % du total de l’impôt sur le revenu. Mais ce chiffre masque une zone grise : celle des patrimoines élevés déclarant peu ou pas de revenus. Faute de réforme ambitieuse, comme une taxation fondée sur le patrimoine, le soupçon d’un impôt devenu régressif pour les plus riches continue d’alimenter la fracture fiscale.