« Il faut vraiment opérer une désescalade de la violence, cesser les blocages, et cela est la responsabilité des organisations syndicales », a enjoint la ministre française de l’Agriculture Annie Genevard dans un entretien publié le 3 janvier dans La Tribune Dimanche.
Une parution qui survient à un peu plus d’un mois du rendez-vous annuel du Salon de l’Agriculture, sur lequel plane l’ombre de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), mais surtout à la veille de rencontres prévues à Matignon entre le Premier ministre français Sébastien Lecornu et les syndicats d’agriculteurs. Des rencontres présentées par une partie de la presse française comme « cruciales », alors que la filière agricole du pays demeure plongée dans la crise.
Au-delà de la DNC qui menace le cheptel du Sud-Ouest, la refonte de la PAC que souhaite impulser la Commission européenne, l’instauration d’un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF) ainsi que la signature du traité de libre-échange UE-Mercosur, viennent mettre en péril le modèle économique de l’agriculture française.
PAC : une réunion « de la dernière chance » le 7 janvier
« Nous avons fixé deux lignes rouges », a assuré Anne Genevard sur le dossier de la prochaine PAC. Pilier historique du budget européen, celui-ci pourrait être raboté de 20% à compter de 2028, selon le projet de budget à long terme de l’UE – pour la période 2028-2034 – présenté mi-juillet par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
« Son budget revenant à la France, de 65 milliards d’euros, ne peut être réduit, et la PAC doit rester communautaire », a plaidé la ministre française, « sinon, c’est la porte ouverte à une concurrence déloyale pour nos agriculteurs ». « Je serai à Bruxelles le 7 janvier pour une réunion de la dernière chance et je ne veux pas en revenir sans garanties », a-t-elle asséné.
Ton similaire sur le dossier de l’ajustement carbone aux frontières (MACF). Souvent désignée comme la « taxe carbone européenne », ce dispositif impulsé par la Commission von der Leyen, vise à imposer, sous peine de surtaxation, aux entreprises dans l’UE de déclarer les émissions de gaz à effet de serre directes et indirectes de leurs importations de marchandises jugées polluantes (telles que l’acier, l’aluminium, le ciment et les engrais).
« Le Premier ministre a écrit à ce sujet à Ursula von der Leyen », assure l’ancienne présidente par intérim des Républicains, affirmant que l’exécutif tricolore veut « un coût zéro pour nos agriculteurs » de ce dispositif et reconnaissant que « son application aux engrais risque de déstabiliser les filières des grandes cultures en augmentant leurs charges ». « Et je construis une coalition avec mes homologues de pays inquiets comme nous, pour exiger un report ou une suspension du mécanisme pour les engrais », a-t-elle ajouté.
Quant au traité de libre échange entre l’UE et le Mercosur, qui pourrait être signé le 12 janvier, le sujet a fait l’objet d’une courte réponse de la ministre française. « Le compte n’y est toujours pas », a-t-elle toutefois déclaré à l’égard de ce traité qui, lorsqu’il a été conclu par la Commission von der Leyen en 2024 n’était, selon Anne Genevard, ni « juste » ni « équitable ».