France

Laurent Nuñez se dit contre l’interdiction du voile pour les mineures : « une mesure stigmatisante »

Face à une proposition de loi pour interdire le port du voile aux mineures dans l’espace public, le ministre de l’Intérieur a exprimé son opposition. Il juge cette mesure « très stigmatisante » pour les musulmans et met en garde contre une dérive vers un « délit d’opinion ». Pour lui, la priorité doit rester la lutte contre les réseaux islamistes.

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez a exprimé son désaccord avec la proposition de loi portée par Laurent Wauquiez, qui vise à interdire le port du voile pour les mineures dans l’espace public. Interrogé dans l’émission « BFM Politique » le 30 novembre, le ministre de l’Intérieur a dénoncé une initiative « très stigmatisante vis-à-vis de nos compatriotes musulmans qui peuvent se sentir blessés ».
Déposée quelques jours plus tôt, le 24 novembre, cette proposition s’inscrit dans une série de mesures soutenues par Les Républicains. Un rapport sénatorial de la même formation évoque aussi l’interdiction du jeûne du ramadan pour les moins de 16 ans, dans le prolongement d’un document sur « l'entrisme islamique » publié au printemps sous l’égide de Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur.

Nuñez alerte sur les dérives idéologiques

Le ministre appelle à la prudence. Selon lui, ce type de proposition risque d’aboutir à une criminalisation des convictions religieuses : « On se rapproche pas mal du délit d’opinion, donc il faut qu’on soit extrêmement prudents dans les mesures que l’on va proposer ».
Pour Laurent Nuñez, l’urgence n’est pas d’imposer de nouvelles interdictions générales, mais de cibler précisément les foyers de radicalisation. Il désigne comme priorité les réseaux islamistes qui exercent une pression directe sur les jeunes : « Ce qu’on vise, ce sont des structures, des individus qui portent un discours d’entrisme islamiste qui vise à faire en sorte qu’à terme la loi religieuse s’impose aux lois de la République ».
Dans cette logique, il estime qu’il faut s’attaquer à ceux qui encouragent les adolescentes à braver les règles scolaires, et non punir les familles dans leur ensemble : « Il faut s’en prendre à ces structures, à ces individus qui disent à ces jeunes filles qu’elles doivent avoir le droit d’aller voilées à l’école et (...) que sinon il faut refuser d’aller à l’école ».

Un débat politique sous tension

Cette position du ministre contraste fortement avec celle d’Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Sur CNews-Europe 1, elle s’est déclarée favorable à l’interdiction du voile pour les fillettes, qu’elle juge nécessaire « pour protéger les enfants ». « Ça fait des années que je le propose et ce serait bien que maintenant on le fasse », a-t-elle affirmé, ajoutant qu’« il y a maintenant une majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat pour le voter ».
Ce débat illustre une fracture croissante au sein du paysage politique français, où des mesures de plus en plus intrusives sont proposées au nom de la laïcité, au risque d’alimenter une tension communautaire déjà palpable. Tandis que certains prônent un durcissement généralisé, d’autres, comme Nuñez, préfèrent une approche ciblée et mettent en garde contre les effets contre-productifs d’une législation perçue comme discriminatoire.