La vie chère en Outre-mer n’est plus seulement un sujet économique : elle est cause d'une crise sociale récurrente qui menace la stabilité des territoires ultramarins. Le 3 avril 2025, la délégation sénatoriale aux Outre-mer a dévoilé un rapport d’information, après des mois de travaux transpartisans. Ce document, dont la rédaction a été présidée par Micheline Jacques (LR, Saint-Barthélemy), dresse un constat sans appel : les prix, notamment ceux de l'alimentation, atteignent des niveaux insoutenables, avec des écarts de 30 à 40 % par rapport à l’Hexagone, voire 78 % en Nouvelle-Calédonie.
Pour Viviane Artigalas (PS, Hautes-Pyrénées), co-rapporteur, on ne parle plus de «vie chère», mais d’«extrême vie chère».
Ce rapport intervient dans un contexte tendu. Les manifestations en Martinique, entre septembre et octobre 2024, ont ravivé l’urgence d’agir face à des prix gonflés par l’éloignement géographique, les oligopoles et une fiscalité mal adaptée. Le secteur automobile n’est pas épargné : les véhicules neufs coûtent 10 à 15 % de plus qu’en métropole, les pièces détachées jusqu’à 25 %. «On ne peut plus se contenter de pansements», martèle Micheline Jacques, plaidant pour de «vrais remèdes».
Des pistes de réformes et de transformation
Pour les sénateurs, la transparence est une priorité. Le rapport dénonce des «marges artificielles» le long des chaînes de distribution, souvent opérées par des entreprises en situation d’oligopole, c’est-à-dire qu’un petit nombre de vendeurs ont le monopole de l'offre. Parmi les 24 recommandations, ils proposent de sanctionner la non-publication des comptes via une saisine du tribunal de commerce et de muscler les Observatoires des prix, des marges et des revenus (OPMR) avec un budget renforcé. «La gouvernance doit être consolidée», insiste Viviane Artigalas, tandis que Teva Rohfritsch (RDPI, Polynésie française) appelle à mieux exploiter l’arsenal législatif existant, notamment via l’Autorité de la concurrence.
L’octroi de mer, taxe spécifique aux DOM, cristallise les débats. Accusée d’alourdir les prix (5 % en moyenne), elle génère pourtant un milliard d’euros, essentiel aux collectivités locales.
Le rapport suggère de la moderniser en rendant déductible cette taxe sur les biens importés sans équivalent local et réduire son impact sur les produits de première nécessité.
L’éloignement géographique reste un frein majeur. Pour y remédier, les sénateurs proposent un plan de modernisation des infrastructures portuaires et aéroportuaires, visant à transformer les territoires en hubs régionaux compétitifs. Parallèlement, ils plaident pour privilégier les circuits régionaux aux importations lointaines.
La situation en Outre-mer risque de s’aggraver avec le contexte international alors que les nouvelles taxes douanières américaines annoncées par Donald Trump le 2 avril, atteignent des taux allant jusqu’à 50 % pour Saint-Pierre-et-Miquelon.
Ces droits de douane, différenciés selon les territoires (10 % pour les Antilles, 37 % pour La Réunion), inquiètent. Si certains économistes minimisent leur effet direct, les sénateurs y voient un risque de déstabilisation accrue pour des économies déjà fragiles.
Ce rapport s’inscrit en amont d’un projet de loi gouvernemental attendu avant l’été, porté par le ministre des Outre-mer, Manuel Valls.