«La France connait une pénurie de quétiapine. Cette molécule aux propriétés antipsychotiques importantes est capitale pour traiter les troubles bipolaires et schizophréniques».
La députée et vice-présidente de l’Assemblée nationale Clémence Guetté de La France Insoumise a alerté sur la nouvelle pénurie de médicament qui touche la France et interpellé le ministre de la Santé à ce propos.
En effet, depuis plusieurs mois une crise silencieuse mais critique secoue le système de santé français : la pénurie de quétiapine, un antipsychotique majeur utilisé pour traiter les troubles bipolaires et la schizophrénie. L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a reconnu, le 10 mars 2025, des «fortes tensions d’approvisionnement» affectant ce traitement prescrit à environ 250 000 personnes en 2024.
60 % du marché touché et des solutions d’urgence
Cette situation, qui touche désormais «60 % du marché français», met en péril la stabilité de patients dépendants de ce médicament dit «essentiel».
La cause de cette pénurie prend racine dans l’arrêt de la production chez Pharmathen International, un fabricant grec fournissant 12 laboratoires, dont sept ne peuvent plus livrer. Repérée à l’été 2024 pour «non-conformité», l’usine aurait repris ses activités, mais «avec beaucoup de précaution», note Pierre-Olivier Farenq, de l’ANSM. Des tensions avaient été signalées dès septembre mais se sont amplifiées fin 2024, poussant l’agence à agir. Depuis le 30 janvier, les nouvelles prescriptions sont limitées, sauf pour les dépressions bipolaires sévères. Le 13 février, les pharmacies ont été autorisées à dispenser le médicament «à l’unité» ou à préparer des doses sur mesure – une option réservée à la formule à libération immédiate, moins courante.
L’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM) a ainsi proposé aux professionnels de dispenser des préparations magistrales.
En officine, la situation est critique. «La plupart des 20 000 pharmacies sont concernées, certaines n’ont plus rien», alerte Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France. Les psychiatres s’inquiètent aussi. Antoine Pelissolo, chef de service à Henri-Mondor (Créteil), dénonçait fin janvier dans Le Point une improvisation forcée: «Là, on improvise.» Les pharmacies hospitalières, priorisées, restent épargnées, mais des patients désespérés affluent aux urgences. À Bobigny, Noémie Ayache, du SAMU psy 93, a vu arriver «trois personnes complètement paniquées» récemment.
Il y a un peu plus de trois ans, en septembre 2022, les sénateurs communistes avaient réclamé la création d’une commission d'enquête sur les pénuries de médicaments qui se produisent régulièrement en France.