France

A Marseille, la CGT Energie souhaite réduire les factures d’électricité et de gaz des boulangers

Revendiquant de mener une action «illégale mais morale», des salariés d’Enedis ont annoncé leur intention de faire basculer les compteurs des artisans en heures creuses, s'attirant les foudres du ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

Ainsi que l'ont rapporté plusieurs médias, dont 20 Minutes, la CGT Energie de Marseille a décidé de renouer avec des interventions de type «Robin des bois» en annonçant le 21 janvier le lancement d'une vague d’action de gratuité partielle (entre 50 et 60% de réduction, selon le quotidien) du gaz et de l’électricité consommés par les boulangers.

Le syndicat a évoqué la possibilité de procéder à une «manipulation sur le compteur» des artisans dès le 23 janvier, afin que ceux-ci puissent bénéficier de fortes réductions sur leurs factures d'énergie. «Ils subissent le même mécanisme que nous [...] : une minorité se gave et toute la population trime», a-t-il justifié. En se disant conscient du caractère «illégal» de ce mode d'action, le secrétaire général de l'organisation Henry Renaud a cependant jugé qu'il était «moral».

Le montant des factures jugé «illégitime»

Le syndicaliste a ainsi jugé «illégitime le montant des factures», estimant que les sommes perçues n'allaient «ni dans les salaires, ni dans des investissements sur le réseau», mais uniquement dans la poche de «spéculateurs». Et, dans un contexte marqué à la fois par la mobilisation contre la réforme des retraites et la crise énergétique, il s'agirait de montrer concrètement «la solidarité entre travailleurs» tout en rappelant au gouvernement «qui possède les savoirs».

Comme le souligne France Bleu, le rappel à l'ordre du ministre Olivier Dussopt, qui a déclaré à l'issue du Conseil des ministres du 23 janvier que «les coupures d'électricité sont des délits», n'a pas stoppé les ardeurs du syndicat. «C'est eux qui devraient être arrêtés parce qu'ils laissent des gens crever. Il y a 13 millions de précaires en France et c'est de leur faute», a lancé Renaud Henry au micro du média, dénonçant dans le même temps les contradictions du gouvernement. «Toutes les PME vont couler, et ils viendront nous expliquer pourquoi on doit travailler plus longtemps pour compenser le fait qu'il n'y a plus d'entreprises qui cotisent [...] pour les retraites. Ça suffit les réformes néfastes !», a-t-il martelé.

Le Maire condamne des actions «inacceptables»

Ce geste de solidarité, annoncé alors que les boulangers ont organisé une manifestation à Paris pour demander des aides supplémentaires face à la hausse des prix de l'énergie, a fortement déplu au ministre de l'Economie Bruno Le Maire, interrogé à ce sujet sur Europe 1. Disant comprendre les inquiétudes des boulangers, le ministre a en effet martelé que «ce n'est pas la CGT qui décide des tarifs», et qu'il n'appartient pas non plus au syndicat «de faire la loi», ce rôle relevant des seuls parlementaires. Pour Bruno Le Maire, ces actions sont tout simplement «inacceptables» alors que le gouvernement a déjà mis en place des aides.

A l'inverse, le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel a apporté son soutien à ces actions lors d’une interview sur CNews, qualifiant les agents engagés dans cette action de «Robins des bois de l'énergie», mettant en avant l'aspect «bienveillant» et «pacifique» de leur intervention. Plusieurs figures de La France insoumise ont aussi fait part de leur approbation. «Bravo à la CGT Energie ! Face au gouvernement des amis des milliardaires, solidarité des amis du peuple des travailleurs», a entre autres salué Jean-Luc Mélenchon.

Plus largement, la CGT Energie n'a pas fait mystère de son intention de recourir à plusieurs modes d'action pour protester contre la réforme des retraites. «Il y a beaucoup de réflexions autour d'actions positives de gratuité, comme à Marseille», a ainsi indiqué le secrétaire de la fédération Fabrice Coudour, évoquant, à côté du forçage du passage en heures creuses, la suppression du comptage de la consommation ou encore le rétablissement du courant aux usagers qui en seraient privés.

Des coupures ciblées pourraient de nouveau avoir lieu, en visant en particulier les permanences d'élus macronistes. Avec «un bâtiment public qui ne répond pas à l'intérêt général, nous on va faire de la sobriété énergétique», a prévenu Fabrice Coudour au micro d'Europe 1, ironisant sur le plan d'économie d'énergie présenté à l'automne par le gouvernement.