France

Les députés RN quittent l'hémicycle après un échange tendu entre un de leurs élus et Bruno Le Maire

Traité de «lâche» par le député RN Alexandre Loubet en plein hémicycle, le ministre de l'Economie a exigé des excuses et longuement pointé du doit l'élu dans un geste menaçant, provoquant la colère du groupe RN qui a quitté la salle.

Un incident a opposé le 11 octobre le groupe Rassemblement national (RN) et le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. 

Dans sa question, le député RN de Moselle Alexandre Loubet a reproché à l'exécutif de «brader à des intérêts étrangers» des «fleurons industriels» français, en s'alarmant du possible rachat par un groupe américain de l'entreprise d'électronique Exxelia.

«Des excuses, des excuses»

«Quand cesserez-vous de trahir les intérêts de la France ?», a-t-il d'abord lancé à Bruno Le Maire. «Vous avez travaillé il fut un temps pour Dominique de Villepin, qui avait dénoncé la lâcheté de ceux qui refusent de défendre les intérêts de la France, aujourd'hui, le lâche, c'est vous», est-il revenu à la charge un peu plus tard.

«J'ai l'honneur de demander des excuses solennelles au Rassemblement national pour avoir employé le terme de "lâche" à une personne qui a toujours fait preuve de courage dans son engagement politique depuis vingt ans qu'il fait de la politique au service de la France et des Français», a rétorqué Bruno Le Maire, en élevant le ton et pointant du doigt le jeune élu.

«Des excuses, des excuses», a-t-il ensuite ajouté hors micro. Par la suite, Marine Le Pen est descendue au niveau du ministre pour le pointer du doigt à son tour, les députés du RN ont alors quitté l'hémicycle un temps.

Un quart d'indemnité parlementaire en moins 

Devant la presse, leur patronne Marine Le Pen a reproché à Bruno Le Maire sa «posture menaçante» : «Nous n'avons pas à nous faire pointer du doigt dans l'hémicycle par un ministre. Il va falloir un petit peu qu'il relise la Constitution, qu'il relise les institutions. Cette situation est proprement inadmissible.» «Si il n'est pas capable de garder son sang froid, qu'il aille planter des fraises», a-t-elle également assuré devant les journalistes. 

A leur retour en séance, la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a déploré «l'insulte» proférée par Alexandre Loubet et lui a infligé un rappel à l'ordre avec inscription au procès verbal, ce qui prive le député RN du quart de son indemnité parlementaire pendant un mois. Cette sanction «ne vous dispense pas de présenter vos excuses au ministre», a-t-elle ajouté.

La titulaire du perchoir a souligné avoir déjà indiqué en conférence des présidents de l'Assemblée l'importance d'avoir des «comportements respectueux» dans l'hémicycle.

«Les rappels à l'ordre à l'encontre de nos députés qui ont utilisé les mots "lâche" et "communautariste", qui je le rappelle, ne sont pas des injures, vont à l'encontre de la liberté d'expression qui est inscrite dans notre Constitution. Cette liberté doit être respectée», a rétorqué pour sa part Marine Le Pen dans un tweet et une prise de parole dans l'hémicycle. 

Nous nous faisons depuis des semaines traiter de fascistes, de nazis, de Pétainistes sans que jamais une seule fois un seul des députés qui ont prononcés ces mots inadmissibles ne fassent l'objet d'un quelconque rappel à l'ordre

«Je crois n'avoir jamais vu un seul magistrat qui aurait condamné un responsable politique parce qu'il aurait dit à un autre qu'il était lâche», a déclaré la présidente du Rassemblement national qui a mis en avant son expérience d'avocat dans des affaires de droit de la presse. 

«Nous nous faisons depuis des semaines traiter de fascistes, de nazis, de Pétainistes sans que jamais une seule fois un seul des députés qui ont prononcé ces mots inadmissibles ne fassent l'objet d'un quelconque rappel à l'ordre», a-t-elle déclaré ensuite à l'adresse de la présidente de la chambre basse.

Epinglé en juillet pour avoir fait un salut nazi en plein hémicycle contre les députés du Rassemblement national, le député macroniste Rémy Rebeyrotte avait tout de même été sanctionné par un rappel à l'ordre simple, plus basse peine disciplinaire prévue par le règlement de l'Assemblée, deux semaines après son geste.