Economie

Nord Stream : les livraisons de Gaz russe vers l'Union européenne ont repris

Avec la fin de la maintenance à la date prévue du 21 juillet, Gazprom a recommencé ses livraisons vers l’Allemagne et l’UE via Nord Stream, mais à 30% de sa capacité totale. En Allemagne son premier client, Uniper, est proche de la faillite.

Gazprom a redémarré ce 21 juillet le gazoduc Nord Stream à l’issue de la période de maintenance et à la date prévue. «Il fonctionne», a déclaré un porte-parole de la société Nord Stream à l'AFP, en début de matinée.

Aucune donnée n'était toutefois encore disponible sur les volumes de gaz envoyés dans le gazoduc à ce jour. Ils seront connus plus tard dans la journée mais selon des données transmises par Gazprom à Gascade, l'opérateur allemand du réseau, le pipeline devrait livrer 530 GWh durant la journée.

Ce serait seulement «30%» de ses capacités, selon Klaus Müller, patron de l'Agence allemande des réseaux, cité par l’AFP. Il s'agirait en outre de dix points de moins qu'avant les travaux.

Arguant de l'absence d'une turbine en maintenance au Canada, Gazprom avait déjà réduit à 40% des capacités les livraisons de Nord Stream depuis mi-juin. Même un redémarrage à 40% de la capacité serait insuffisant pour garantir l'approvisionnement des particuliers et des entreprises durant tout l'hiver.

Pour éviter une crise majeure, la Commission européenne a proposé le 20 juin un plan visant à diminuer de 15% la demande de gaz à court terme, dénonçant une nouvelle l'utilisation du gaz «comme arme» par le Kremlin. En Allemagne, principal client de Gazprom, des pénuries pourraient se produire dès février si le débit n'augmente pas, selon les évaluations de l'Agence fédérale des réseaux. Et, selon le Fonds monétaire international (FMI), un arrêt des livraisons de gaz russe réduirait la valeur du PIB allemand de près de 5 points de pourcentage entre 2022 et 2024,.

Nord Stream achemine environ un tiers des 153 milliards de mètres cubes de gaz achetés annuellement par l'UE. Or Vladimir Poutine a laissé entendre cette semaine que le gazoduc pourrait ne fonctionner qu'à 20% de sa capacité dès la semaine prochaine.

Les turbines de la discorde

La faute, selon le président russe, à des turbines qui équipent le pipeline et dont la Russie réclame le retour pour la maintenance des stations de compression sur son territoire. Une première de ces turbines vient de faire l'objet d'une réparation au Canada dans les usines du groupe allemand Siemens. Elle est encore en cours d'acheminement vers la Russie selon l’AFP. Mais une seconde turbine doit, selon Vladimir Poutine, partir en maintenance la semaine prochaine, susceptible de diviser encore les livraisons par deux.

Le Kremlin a assuré ce 21 juin que les restrictions occidentales causaient tous les problèmes techniques de livraison de gaz russe vers l'Europe. «Ce sont ces restrictions qui empêchent d'effectuer les réparations d'équipements, notamment des turbines dans les stations de compression», a ainsi affirmé le porte-parole de la présidence, Dmitri Peskov, qui a rejeté les accusations contre Moscou de «chantage» au gaz.

Les décisions de Gazprom sur les livraisons de gaz sont depuis le début jugées «politiques» par le gouvernement allemand, qui ne cesse d'accuser la Russie d'invoquer des problèmes de turbines comme «prétexte». Si les pénuries de gaz sont craintes cet hiver, l'explosion du coût de l'énergie se fait déjà sentir, menaçant de récession les économies européennes qui se remettent à peine de la pandémie de Covid-19.

Un triplement voire un quadruplement de la facture

Les particuliers «seront choqués lorsqu'ils recevront un courrier de leur fournisseur d'énergie» avec un triplement voire un quadruplement de la facture à la clé, a alerté Klaus Müller, président de l'Agence fédérale des réseaux, pour inciter la population a réduire sa consommation.

L'urgence est déjà là pour le premier stockeur de gaz en Allemagne, et à ce titre plus gros client de Gazprom : le groupe énergétique Uniper risque la faillite s'il ne reçoit pas à très court terme une aide de l'Etat.

Il doit, faute de gaz russe, faire ses emplettes sur le marché comptant où les prix ont explosé. Une entrée de l'Etat au capital devrait être annoncée, Berlin craignant des effets en cascade comparables à un «Lehman Brothers» de l'énergie en cas de faillite du groupe.