Economie

Les constructeurs d’armement européens veulent se passer des technologies des Etats-Unis

Selon une enquête, plusieurs fabricants européens cherchent à mettre fin au recours à des technologies made in USA dans l’armement. L’enjeu est la liberté d’exporter sans tomber sous le coup de l’appareil juridique extraterritorial de Washington.

«Fusils, drones, avions de combat : les fabricants allemands et français tentent désormais de devenir plus indépendants de Washington», affirme le supplément dominical du quotidien allemand Die Welt au terme d’une enquête publiée dans son dernier numéro. Sa rédaction a rencontré plusieurs industriels des deux côtés du Rhin qui ont exprimé leur souhait de trouver des alternatives aux technologies des Etats-Unis entrant dans la composition de nombreux équipements militaires produits par les constructeurs européens.

Pour ces derniers, ces velléités d’émancipation visent à les protéger de l’épée de Damoclès que constitue l’appareil juridique extraterritorial des Etats-Unis. Avec des réglementations comme Itar (International Traffic in Arms Regulations) Washington peut en effet empêcher, sous la menace de lourdes sanctions, l’exportation de tout équipement contenant des technologies en provenance des Etats-Unis jugées sensibles. Dans l’aéronautique civile, ce dispositif a déjà permis, en 2018, de bloquer les contrats d’Airbus en Iran.

«Avec des programme hors d’atteinte d’Itar et sans les exigences des autres systèmes réglementaires américains, l'Europe obtient plus de liberté pour choisir à qui elle veut exporter ses produits de défense», explique Florent Chauvancy, responsable des ventes de la division moteurs d'hélicoptères du constructeur français Safran cité par le journal allemand.

Ce désir de se passer des technologies américaines a aussi pour but de protéger des données sensibles d’exploitation dans la construction des hélicoptères, du nouveau fusil d’assaut de la Bundeswehr et du programme franco-allemand SCAF système de combat aérien du futur qui devrait être opérationnel à partir de 2040.

«L'un des avantages des produits 100% européens est que les données d'exploitation restent en Europe et ne se retrouvent pas entre les mains de pays non européens», explique encore Florent Chauvancy.  

«Le seul turbopropulseur 100% européen pour applications militaires»

Cette volonté de se distancier de technologies qui pourraient provoquer des entraves à l'exportation de la part de l’allié américain au sein de l’Otan est également exprimée, quoique d’une façon alambiquée, par l’Allemand Dirk Hoke, directeur de la branche défense d’Airbus, pour qui : «Afin d'être un véritable partenaire fiable de l'OTAN et des Américains dans les alliances transatlantiques, nous devons concevoir et développer nos propres capacités en Europe.»

Et il y a du travail ! Récemment le Français Safran Helicopter Engines et l’Allemand ZF Aviation Technology ont annoncé le renforcement de leur partenariat sur le marché de la motorisation en Europe pour développer l’Ardiden 3TP, «le seul turbopropulseur 100% européen pour applications militaires», selon le communiqué publié sur le site de Safran.