Economie

Face au Coronavirus, l’OPEP suspendue à la décision de la Russie pour réduire sa production

A Vienne, l’Opep s’est réunie pour tenter d’enrayer la récente chute des cours du pétrole provoquée par l’épidémie de Coronavirus. Mais pour être efficace, elle doit convaincre la Russie devenue leader du groupe informel Opep+.

L'Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep) a entamé des discussions cruciales ce vendredi 6 mars, à Vienne en Autriche, avec la Russie et d’autres producteurs de pétrole non-membres du cartel après les avoir invité à une nouvelle réduction concertée de 1,5 million de barils supplémentaires par jour (bpj) jusqu'à la fin de 2020.

Moscou, a jusqu'à présent hésité à soutenir des restrictions supplémentaires de l'offre, malgré une baisse de près de 20% des cours du brut le début de l'année. Des craintes que la Russie refuse aujourd’hui de s’aligner sur la baisse demandée par l’Opep ont même fait plonger encore un peu plus les cours.

A la mi-journée, peu avant le début de la réunion incluant les non-membres dans ce format parfois appelé «Opep+», le cours du Brent est descendu en-dessous de 48 dollars le baril, un plus bas depuis juillet 2017.

La veille, les seuls ministres de l'Opep ont soutenu une proposition de réduction encore plus importante que prévu. Leur décision faisait suite à deux séries de pourparlers lors desquels les ministres ont déclaré que les 1,5 million de bpj supplémentaires de réductions devraient se poursuivre jusqu'à la fin de l'année, pas seulement jusqu'en juin.

Les ministres ont déclaré que le marché faisait face à une «situation sans précédent» en raison de l'épidémie de coronavirus, laquelle a incité à des mesures pour arrêter sa propagation qui ont freiné l'activité économique mondiale et ont brutalement réduit la demande de pétrole.

L'enjeu : le plus gros coup de frein à la production depuis 2008

Si la Russie, qui coopère avec l'OPEP depuis 2016, et d'autres producteurs approuvent la proposition de l'OPEP, ce serait le plus gros coup de frein à la production depuis la crise financière de 2008.

Mais Moscou n'a pas encore exprimé son soutien à un tel accord, alimentant la frustration en Arabie saoudite, qui a coupé bien plus que son quota dans le cadre d'un accord existant pour retirer 2,1 millions de bpj du marché depuis le 1er janvier.

Le nouvel accord signifierait des restrictions de l'offre successives totalisant 3,6 millions de bpj, soit environ 3,6% des approvisionnements mondiaux.

L'Opep ne veut pas être seule à assumer la réduction

Souhail al-Mazroui, ministre de l'Energie des Emirats arabes unis, cité par l’agence de presse américaine Reuters a déclaré le 5 mars que l'OPEP ne voulait pas porter seule le poids des coupes.

Le ministre russe de l'Energie, Alexander Novak, qui a eu des entretiens préliminaires avec son homologue saoudien, le prince Abdulaziz bin Salmane, à Vienne plus tôt cette semaine, doit revenir vendredi dans la capitale autrichienne pour la réunion de l'OPEP +.

A l’issue de leur dernière rencontre le ministre russe et le prince saoudien avaient donné peu d'indications en public sur la possibilité de parvenir à un accord. Et à Moscou, le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, a déclaré le 5 mars qu'il était prêt à une baisse des prix du pétrole s'il n'y avait pas d'accord.

Le ministre kazakh de l'Energie Nourlan Nogaïev, dont le pays est un autre producteur non membre de l'OPEP du groupe OPEP +, a estimé que les discussions ne visaient qu'à étendre les restrictions existantes jusqu'en juin.

Cité par l’agence d’informations économiques Bloomberg, Jason Gammel, président de la société d’analyse amériaine spécialisée dans les matières premières Jefferies : «La Russie devient désormais le décideur de l'OPEP + lors de ce qui pourrait être la réunion la plus controversée du groupe. L'OPEP peut bluffer, mais cela ressemble plus à la roulette russe qu'au poker.»

Jean-François Guélain