Economie

Inquiète de l’accord commercial Chine-USA, l’Union européenne prête à saisir l'OMC

L’Union européenne, qui négocie depuis sept ans avec Pékin, redoute que l'engagement de la Chine à augmenter de 200 milliards ses importations américaines ne la défavorise. Elle pourrait saisir l’Organisation mondiale du commerce.

Aux termes de la trêve entre la Chine et les Etats-Unis signée le 15 janvier à Washington, le géant asiatique s'est engagé à augmenter sur deux ans de 200 milliards de dollars ses importations de produits américains par rapport à 2017.

Cette disposition inquiète Bruxelles, qui redoute de voir les entreprises européennes pénalisées sur le marché chinois face à leurs concurrentes américaines. «Les objectifs quantitatifs [d'achats chinois de biens américains] ne sont pas compatibles avec l'OMC s'ils entraînent des distorsions commerciales», a souligné l'ambassadeur de l'UE en Chine, Nicolas Chapuis.

«Si tel était le cas, nous irions devant l'OMC pour régler cette question», a-t-il averti lors d'une conférence de presse à Pékin. L'actuelle déshérence de l'Organisation mondiale du commerce pourrait toutefois atténuer la portée de la menace : Washington bloque depuis des années les nominations de juges chargés de trancher les différends pour le compte de l'institution genevoise, où les procédures brillent par leur lenteur.

L’ambassadeur de l’UE en Chine a rapporté avoir été invité dès le 16 janvier, soit le lendemain de la signature de l’accord sino-américain, au ministère chinois des Affaires étrangères, où il a expliqué avoir «reçu des assurances formelles que les entreprises européennes ne seraient en aucun cas affectées par l'accord». «Nous surveillerons sa mise en œuvre», a-t-il averti.

Airbus contre Boeing 

Le représentant de Bruxelles a en outre confié avoir également reçu la garantie que les promesses faites par Pékin aux Etats-Unis en matière de respect de la propriété intellectuelle ou d'ouverture du secteur des services financiers seraient étendues à l'ensemble des partenaires de la Chine. «Pour autant, nous serons vigilants [...] pour voir s'il y a une préférence pour les Américains par rapport aux Européens», a-t-il prévenu.

Cité par l’AFP, le ministère chinois des Affaires étrangères a assuré que l'accord de Washington était «conforme aux règles et principes de l'OMC».

Sur les 200 milliards de dollars d'achats chinois supplémentaires aux Etats-Unis prévus par l’accord du 15 janvier, près de 80 milliards concernent des biens manufacturiers, notamment l'industrie aérospatiale - une disposition de nature à alarmer Airbus face à son concurrent américain Boeing.

«Je ne serais pas surpris de voir des commandes de Boeing dans le proche avenir», a déclaré l’ambassadeur de l’UE à Pékin, remarquant que le constructeur européen avait pris l'avantage sur son concurrent américain ces dernières années sur le marché chinois.

Négociations Bruxelles-Pékin

Alors qu'Américains et Chinois sont parvenus à signer un accord préliminaire après deux ans de guerre commerciale, les Européens patinent de leur côté depuis près de sept ans dans leurs tentatives d’en boucler un avec Pékin sur les investissements.

Nicolas Chapuis a toutefois affirmé à l’AFP que les «discussions [étaient] entrées dans une phase cruciale», et rappelé que Pékin et Bruxelles avaient pour ambition d'aboutir avant la fin de l'année. Soulignant que «le contenu [était] plus important que la date butoir», il a précisé : «Nous ne conclurons pas d'accord si le résultat ne correspond pas à ce que nous attendons.»

Les Européens espèrent en outre convaincre les Chinois de les aider à renforcer le cadre multilatéral incarné par l'OMC, dont l’organe de règlement des conflits est actuellement paralysé par le blocage de l’administration américaine.

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