Economie

La Bourse flambe mais l’industrie de la zone euro continue son plongeon

Entre les indices boursiers de la zone euro et l’activité de son secteur industriel, la déconnexion aura été totale en 2019. L’activité et les commandes se sont réduites dans presque tous les pays et de façon particulièrement sévère en Allemagne.

En 2019, malgré une croissance ralentie dans les principales économies développées, les indices boursiers ont connu des hausses spectaculaires et les indices européens n’ont pas échappé à la tendance. Ainsi, en un an, l’Euro stoxx 50 a augmenté de 26% et le CAC 40 de près de 28%. En Allemagne le DAX TR allemand a progressé de plus de 23%, alors que la première économie européenne a connu deux trimestres de contraction de son activité et a terminé l’année avec une piteuse croissance de son PIB de 0,5%.  

Mais pendant que la bourse flambait, l’activité du secteur industriel s’est dégradée dans la quasi-totalité des pays de la zone euro, selon l’indice PMI de la société d’information financière IHS Markit. Au mois de décembre cet indice chiffré autour d’un seuil de 50 points (au-dessus on est en croissance, en dessous en réduction de l’activité) n’est positif que pour la Grèce à 53,9 et très légèrement pour la France à 50,4.

L’Allemagne avec un indice de 43,7 est en queue du classement des pays, tandis que l’Italie et les Pays-Bas - avec des indices respectifs de 46,2 et 48,3 - ont enregistré en décembre leur plus forte contraction depuis 80 mois (plus de six ans et demi).

Pour l’ensemble de la zone euro, les volumes de l’activité et des ventes ont fortement diminué en décembre et la production manufacturière de la zone euro a reculé pour le onzième mois consécutif, avec une accélération de la baisse des nouvelles commandes au cours du dernier mois l’année.

Huit mois de recul consécutifs pour l'emploi dans l'industrie

La charge de travail en cours a reculé pour le seizième mois consécutif incitant les fabricants à supprimer des postes. Dans l’industrie de la zone euro, l’emploi a ainsi reculé pour le huitième mois consécutif en décembre, avec le plus fort taux de contraction observé par l’indice PMI depuis le début de la collecte des données en 2013.

Selon le chef économiste d’IHS Markit, Chris Williamson : «Le secteur manufacturier de la zone euro a terminé l'année 2019 sur une note très décevante, l'enquête de décembre mettant en évidence le plus fort repli de l'activité manufacturière depuis 2012. Les dernières données PMI préfigurent ainsi une baisse de la production industrielle de l'ordre de 1,5 % au quatrième trimestre, ces mauvaises performances risquant de peser fortement sur la croissance économique globale de la région.»

L’enquête de décembre montre aussi que, malgré une légère amélioration de la confiance des industriels, sans doute en raison de signaux d’apaisement dans le conflit commercial sino-américain, un nouveau repli des commandes observé en décembre compromet les chances de reprise prochaine de l’activité.

Seul le sous-secteur des biens de consommation, c’est-à-dire celui dont la destination finale est la consommation des ménages, a enregistré une hausse de la demande en décembre, continuant ainsi de soutenir l’économie de la zone euro au bord de la récession depuis plusieurs mois.

Pour 2020, l’institut Markit n’est pas optimiste estimant que «maintenir une croissance économique malgré la sévérité de la contraction dans le secteur manufacturier représente […] un défi majeur pour la zone euro à l’aube de la nouvelle année.»

Jean-François Guélain