Economie

Le parlement européen tente d’influencer les négociations commerciales UE-USA

Une commission du Parlement européen a voté le 19 février en faveur de l’ouverture de négociations commerciales avec les Etats-Unis sur les produits industriels. Mais les conditions posées pourraient empêcher de parvenir à un accord.

La commission du commerce international du Parlement européen a adopté le 19 février une résolution encourageant le Conseil des ministres à soutenir le mandat de négociation proposé par la Commission européenne. 

Cette dernière s’apprête en effet à ouvrir des pourparlers avec les Etats-Unis pour parvenir à un accord de libre-échange limité aux produits industriels et manufacturés.

Le 21 février, les ministres européens chargés du commerce doivent se réunir à Bucarest pour décider du mandat de négociation de la Commission. Pour la France, c’est Jean-Baptiste Lemoyne qui se rendra dans la capitale de Roumanie, dont les autorités assument actuellement la présidence tournante de l’Union européenne.

L’accord visé découle de la rencontre entre le président des Etats-Unis, Donald Trump, et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, en juillet à Washington. Les deux hommes s'étaient alors engagés à travailler en faveur d'un accord de libre-échange restreint, écartant pour quelques mois le spectre d'une guerre commerciale après les décisions de Donald Trump sur les importations d'acier et d'aluminium.

La résolution adoptée en Commission sera soumise à un vote de l'ensemble du Parlement en mars. Le résultat du vote n'aura pas de valeur contraignante, mais il peut avoir une incidence sur les discussions avec Washington, car l’entrée en vigueur de tout accord conclu est soumise à une ratification par le Parlement.

Des lignes rouges sur l'agriculture et les exportations automobiles

Le texte de la résolution fixe aussi des limites aux négociations. Elles doivent inclure les voitures et les pièces détachées, mais exclure l'agriculture et être suspendues si Washington imposait de nouveaux tarifs sur les importations de voitures en provenance de l'UE.

Cette éventualité est régulièrement évoquée par l’administration Trump. Par exemple, le 17 février dans la soirée, le département au Commerce a annoncé avoir remis à la Maison Blanche un rapport sur l'industrie automobile qui pourrait conduire Donald Trump à surtaxer les voitures importées.

Les négociations UE-USA, si elles ne sont pas suspendues dès la fin de la semaine sur décision du conseil qui doit se réunir dans la capitale roumaine, devraient se heurter à une autre difficulté. Contrairement au souhait exprimé par les parlementaires européens, les Etats-Unis tiennent, eux, à inclure l’agriculture dans les pourparlers avec la commission. La feuille de route du représentant au Commerce approuvée par le Congrès des Etats-Unis contient même des objectifs précis pour ce secteur économique politiquement stratégique pour Donald Trump.

Quant à l’enjeu de ces pourparlers, il est éclairé par une analyse économique réalisée par les services de la Commission européenne remise au Parlement le 19 février, jour de son vote en commission sur le mandat de négociations avec Washington.

Selon cette projection, l’accord visé – c’est-à-dire supprimant les droits de douane sur les échanges de produits industriels et manufacturés (hors armement) – entraînerait d'ici 2033 une augmentation de 8% des exportations européennes vers les Etats-Unis et de 9% dans le sens inverse. Cela représente en valeur un accroissement respectivement de 26 milliards et 27 milliards d'euros pour la période.

La Direction générale du commerce, a publié sur son site une synthèse de cette analyse qui souligne certains aspects de la relation commerciale transatlantique, comme le déficit commercial chronique des Etats-Unis dans les échanges de biens avec l'UE, mais aussi leur excédent grandissant dans les exportations de services, ainsi que dans les revenus d'investissement directs.

En revanche cette synthèse ne mesure pas les éventuelles pertes pour l’économie de l’UE en cas d’échec des négociations.

Lire aussi : Brexit : le FMI prédit 1,5% de perte de PIB en Europe en cas de No Deal